CHAPITRE SIXIÈME
vre, dans ce dernier recueU, une étude aussi étendue que pénétrante, qui eut pour résultat de le mettre en relations avec M"'^' de Staël et Benjamin VÇonstant. * Dans le Journal des Débats fondé en ce moimènt même (1799) par les frères BertinV un article d'un ami de M"* de Staèl, Hochet, fit prévaloir I réloge sur le blâme ; c'était un témoignage isolé de \ faveur dans les colonnes de cette feuille, où régnait, \comme dans X^Mereures le courant opposé. Des convertis comme La llàrpe,?és réactionnaires comme ' Donald, des vaincus de Fructidor comme Michaud,^ s'unissaient dans ces deux journaux aux représentants d'une nouvelle critique littéraire pour défendre sur le terrain intellectuel la cause de Tordre et de l'autorité, comme Bonaparte, qui se servait d'elles, la défendait sur le terrain politique.
^Saînté-Bèuve a loué ces critiques utiles et distingués de ce qu'ils résistèrent à des admirations prolongées et coupèrent court à la suite du xviii' siècle.
<c Les suites en littérature, ajoute-t-il, ne valent K4?mais rien » .
A la tête de cette critique se trouvaient quatre personnalités de tempéraipent bien différent. L'abbé Geoffroy, un humaniste des plus instruits et d'une franchise de jugement poussée jusqu'à la rudesse,
• Sainte-Beuve, Portraits de femmes : M^^de Stah ; M. de Féleiz et de la critique littéraire sous l'Empire : Causeries du Lundi, II, 371 ; Fauriel, Portraits contemporains, IV.
' Ne pas le confondre avec les Débats fondés en 1789 par Baudoin, rimprimeur de TAsdemblée nationale.
prit le feuilleton des théâtres dont il est à proprement parler le créateur, et qui devint entre ses mains une arme redoutable. L'épigramme suivante a éternisé sa manière :
Nous venons de perdre Geoffroy.
— 11 est mort? — Ce soir on rinhuoie. — De quel mal ? — Je ne sais. — Je le deviné, moi. L'imprudent, par mégarde, aura sucé sa plume.
Dussault, écrivain élégant et correct, ne s'éleva pas au dessus de la médiocrité et la prôna en littérature chaque fois qu'il en eut l'occasion. HoOtean, un caractère d'une rare dignité, du désintéressement duquel on se contait des exemples, n'avait aucune aptitude pour la poésie, détestait les engouements et tous les charlatanismes, mais ne discernait pas toujours le vrai talent et l'originalité. Féletz, prêtre comme Geotfroy et victime de la persécution religieuse pour refus de serment, était le seul qui, exempt d'amertune, s'abstînt de toute attaque personnelle, et il conservait le ton de la bonne compagnie jusque dans la raillerie et la réprimande. * A ces chefs de file de la critique s'associèrent Fiévée, le correspondant de Bonaparte, puis Fontanes et Gueneau de Mussy, son ami i et celui de Joubert, pour prendre part à des luttes où la philosophie et la politique étaient beaucoup plus en jeu que Je mérite du style, et où les oppositions du temps renaissaient sous forme littéraire. Devant ce tribunal, le sort du
*• Merlet, Jf. de Féletz, Revue des Deux-Mondes, octobre