CHAPITRE SIXIEME
livre De la Littéraiure était fixé, du moment où il ne rejetait pas l'héritage intellectuel du dix-huitième V siècle. Au lieu de la voie moyenne qu'il recomman- Idaît de suivre, la nouvelle génération appelée en 'scène se dirigea vers le pôle opposé. En 1796 déjà Jîonâld-avait déclaré, avec une étroitesse d'idées qui tenait du système, que le génie littéraire ne pouvait atteindre sa perfectîon que sous une monarçhiê^J Lorsque M°*" de Staèi, contrairement à cette assertion, demanda la création d'une littérature républi- /caine sur le terrain des institutions républicaines, ( celles-ci venaient de disparaître en même temps que 'paraissait son livre, de telle sorte que Dussault, dans le Mercure y réclamait la mise au pilon de celui-ci. * ^^ntangs aasai critiqua en raillant, dans les colonnes de la même feuille, l'apologiste de la perfectibilité, qui se répandait néanmoins en plaintes continuelles sur les peines du cœur et sur la corruption des temps, et n*avait que des blâmes pour le présent. Son article se terminait par ce post-scriptum mémorable : (c Quand cet article allait à Timpression, le hasard a fait tomber entre nos mains un ouvrage qui n'est pas encore publié, et qui a pour titre : Des Beautés morales et poétiques de la Religion chrétienne. On en fera connaître quelques fragments, où Tauteura traité d'une manière neuve les mômes ques- ^Uens que M"« de Staèl ».
Peu de temps après, l'auteur anonyme adressa à
^ Bonald, Théorie du pouvoir^ 1796. ' Merlet, /ftf. de Félei%» Revue des Deux Mondes, octobre
Fontanes une lettre qui attaquait M"* de Staël et son livre. « Vous n'ignorez pas », lui disait-il, « que ma folie à moi est de voir Jésus- Christ partout, comme M"" de Staël la perfectibilité... Vous savez ce que les philosophes nous reprochent à nous autres, gens religieux : ils disent que nous n'avons pas la tête forte... On m'appellera « capucin », mais vous savez que Diderot aimait fort les capucins... Je suis fâché que M""' de Staël ne nous ait pas développé religieusement le système des passions; la perfectibilité n'était pas, selon moi, l'instrument dont il fallait se servir pour mesurer des faiblesses.... Quelquefois M"*' de Staël parait chrétienne; l'instant d'après la philosophie reprend le dessus. Tantôt inspirée par sa sensibilité naturelle, elle laisse échapper son âme ; mais tout à coup Y argumentalion se réveille et vient contrarier les élans du cœur... Ce livre est donc un mélange singulier de vérités et d'erreurs... En amour, M"® de Staël a commenté Phèdre, y. Ses observations sont fines, et l'on voit par la leçon du scholiaste qu'il a parfaitement entendu son texte... Voici ce que j'oserais lui dire, si j'avais l'honneur de la connaître : Vous êtes sans doute une femme supérieure. Votre tête est forte et votre imagination
: quelquefois pleine de charme, témoin ce que vous dites d'Herminie déguisée en guerrier. Votre expres-
: sion a souvent de Téclat, de l'élévation... Mais, malgré tous ces avantages, votre ouvrage est bien loin d'être ce qu'il aurait pu devenir. Le style en est monotone, sans mouvement, et trop mêlé d'expressions métaphysiques. Le sophisme des idées repousse,