CHAPITRE SIXIÈME
, rérudition ne satisfait pas, et le cœur est trop sa- I iCrifié à la pensée... Votre talent n'est qu'à demi dé- ! velojîpé^ la jjhilosophie^ Tétou^ Voilà comme je I parlerais à M"" de Staël sous le rapport de la gloire. J'ajouterais : Vous paraissez n^ètre pas heureuse ; : vous vous plaignez souvent dans votre ouvrage de manquer de cœurs qui vous entendent. C'est qu'il y a certaines âmes qui cherchent en vain dans la nature des âmes auxquelles elles sont faites pour s'unir. ÎBTaîs comment la philsophie remplirâ-t-elle Te^vide de vos jours ? Comble-t-on le désert avec le désert ? ». Cette lettre était signée : l'auteur du Génie du / Christtauisme ; mais ce livre n'avait pas encore paru. / Peu de personnes connaissaient le nom de l'écrivain. M"»^ de Staël se sentit blessée par le ton de cette I critique et n*hésita pas à dire que ni son caractère \ ni ses écrits ne justifiaient Tamertume de cette .polémique*. Fontanes reconnut qu'il avait dépassé la mesure èl répara son tort en faisant remarquer que les faiblesses de style s'expliquaient, chez l'auteur du livre De la Littérature^ par le fait qu'elle croyait converser alors même qu'elle écrivait. « Ceux / qui l'entendent n'ont qu'à la louer. Je ne l'entendais î pas quand je l'ai critlquéajû.
En 1801 parut Atala^ ou les Amours de deux sauvages dans le désert^ et la préface renfermait ces lignes : « On m'a dit que la femme célèbre dont l'ouvrage formait le sujet de ma lettre s'est plainte .djmpassage de cette lettre. . .Dès lors que j'ai ofitensé,
> M">« de Staël, De la Littérature^ préface de la seconde édition, Œuvres, IV, 24.
4^4 Madame de stâbl et son ti&mps
j'ai été trop loin; qu'il soit donc tenu pour effacé,
ce passage. Au reste, quand on a l'existence brillante
et les beaux talents de M"""* de Staël, on doit oublier
' facilement les petites blessures que peut nous faire
; un solitaire et un homme aussi ignoré que je le
'jjpis »...
X Cette fois, Chateaubriand signait en toutes lettres ; avec Atala le romantisme français entrait en scène- Le critique féminin pensait que la littérature de i l'avenir naîtrait de la froide réflexion, de la recherche '. scientifique, et serait le résultat d'une conception / philosophique unie à l'idéalisme patriotique. Le / poète par la grâce de Dieu dôirnaifunéœuvre qu^ n'était pas le fruit de la théorie, mais celui de Ten- \ ihousiasme. L'auteur du livre De la Littérature lui restait cependant incomparablement supérieur en ce qu'il ne répudiait pas, comme lui, la génération d'où il sortait. Chateaubriand était en effet, comme M"«de Staël, un véritable enfant du dix-huitième siècle, et sous ce signe intellectuel seul il devait vaincre. C'est dans l'arsenal de la philosophie qu'avaient été forgées les armes qu'il mettait au service de la réaction religieuse. Il pouvait se qualifier, sincèrement pour le moment, de disciple de Jésus-Christ: il n'en resta pas moins jusqu'à la fin le fils de Jean- Jacques Rousseau. •
Dans ses inspirations les plus irrésistibles il ne parle pas le langage de la persuasion, mais celui de la passion, et la grande école du dix -septième siècle, qui prenait au sérieux la religion, aurait repoussé sa rhétorique et dans son christianisme n'aurait jamais