‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 199 sur 280 · CHAPITRE SIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIEME

Avec le même scepticisme absolu que la cause du sentiment religieux, Cliateaubriand plaida la cause •de la monarchie. II lui restait dévoué par honneur traditionnel et ûdélité chevaleresque, par sympathie pour ses destins tragiques, surtout par mépris pour ceux qui avaient pris sa place, par répulsion instinctive pour l'utopie de l'égalité. Mais c'est avec vérité que ce soldat de l'armée de Condé, parlant de la campagne de 1792, pouvait dire qu'il était revenu des forêts américaines pour exposer sa vie en faveur d'une cause qu'il n'aimait pas. Depuis ma jeunesse, mon impartialité politique n'a plu à personne, lit-on dans les Mémoires d' Outre-Tombe K Dans V Essai sur les Révolutions il se disait partisan en théorie de la souveraineté du peuple ; mais il ajoutait que si l'on voulait réaliser celle-ci sur le terrain pratique, il ne restait plus à l'humanité qu'à retourner à Tétat primordial et à courir toute nue dans les forêts. Le gouvernement modéré est donc le meilleur pour l'homme civilisé parce qu'il est lui-même un être complexe, et qu'à la multitude de ses passions il faut une multitude d'entraves». 11 se disait républicain par inclination, bourbonien par devoir, royaliste par

* Chateaubriand, Mémoires d' Outre-Tombe ^ 11, 106, et VllI, 54.

» Chateaubriand, Essai sur les Révolutions y 2'»* partie, chap. 3, 4'e partie, chap. 6.

' Lord Fielding, Conversations de Chateaubriand. Revue des DeuX'MondeSy 1834, 574. En rapprocher le livre de Marcellus, Chateaubriand et son lemps^ 306.

La monarchie renaissante trouva en Chateaubriand un dangereux conseiller et un ami incommode. Passé à l'opposition, il voulut châtier un ministre, mais ses coups portèrent trop haut et ébranlèrent le trône. Alors il partagea le destin de son roi^ se dévoua à lui dans l'exil et prédit dans son testament littéraire, non sans une satisfaction secrète, la chute de l'ancienne société et le triomphe inéluctable de la démocratie. *

Si défectueuse, toutefois, que fût la philosophie de Chateaubriand, si tiède que fût au fond sa foi monarchique, il n'en reconnut qu'avec plus de clairvoyance les besoins du jiemps. Son instinct poétique l'avertissait que ce temps était écœuré, comme lui-même, de la fureur de destruction et de la froide sophistique ; que rien ne le sauverait plus que l'appel au sentiment vrai, le respect du passé, le culte passionné de la nature, la transfiguration de la vie par rart,de la civilisation par la poésie. Chateaubriand ne savait rien de TAllemagne. 11 n'avait pas, comme M"* de Staël, porté son regard scrutateur par delà le Rhin, et cependant rien n'est plus curieux à constater que les nombreux points de contact qui.inconsciemment, existaient entre lui et le romantisme allemand.

Ainsi que la sienne, la muse de Chateaubriand s^est inspirée de l'esprit classique grec. On a nommé la seconde de ses créations, Atala, une œuvre antique, et le plus achevé de ses poèmes en prose, les Martyrs*^

^ Chateaubriand, L'avenir du monde. Revue dtts Deux- Mondes, 1834, 232.

^ Sur la connaissance qu'avait Chateaubriand des clasai^

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