CHAPITRE SIXIÈME 48 I
de Tauréole du martyre, la robe teinte du saug des siens, et purifiée, par le sacrifice d'un si grand nombre de ses enfants,des souillures que lui avait laissées le contact avec le monde et avec les pouvoirs de ce inonde. C'est la gloire de Chateaubriand d'avoir reconnu sa majesté sous la pauvreté de son vêtement et de n'avoir pas hésité à lui porter ses hommages ^ 11 ne lança pas, comme Joseph de Maistre, une déclaration de guerre contre le présent ; il ne commit point, comme Bonald« Terreur de croire que la solution du problème religieux et politique se trouvait dans le retour au passé. Sa confession de foi religieuse n'était nullement opposée au credo politique de 1789. Il se dépeignait comme un homme « point chrétien par patentes de traflquant en religion. Mon brevet n'est que mon extrait de baptême. J'appartiens à la communion générale, naturelle et politique de tous les hommes qui, depuis la création^ se sont entendus d'un bout de la terre à l'autre pour prier Dieu. Je ne fais point métier et marchandise de mes opinions, indépendant de tout^ fors de Dieu, je suis chrétien sansignorer ma faiblesse, sans me donner pour modèle, sans être persécuteur, inquisiteur, délateur, sans espionner mes frères, sans calomnier mes voisins.. . Je n'explique point l'Evangile au profit du despotisme, mais au profit du malheur... Je ne deviendrai incrédule que lorsqu'on m'aura démontré que le christianisme est incompatible avec la liberté » .
1 chateaubriand, Lettre & Fontanes, Londres, 25 octobre 1799, donnée par Sainte-Beuve, Chai eau briand et son groupe littéraire sous L'Empire^ I, 171,
Ces lignes datent d'une époque postérieure^quand le public se demandait si le Chateaubriand de 1826 partageaitencore le point de vue de l'apologiste de 1801 ^ Mais elles aident à expliquer le charme exercé sur les âmes par le Génie du Christianisme. L'évangile que ce livre voulait leur imposer était avant tout un évangile de liberté. • D'accord avec lui sur le point capital, elles le laissèrent tranquillement subordonner les preuves de la vérité du christianisme au besoin de révéler sa beauté esthétique. Aux hésitations delà raison il opposait les exigences du cœur. Donner aux choses anciennes un air de nouveauté, faire revivre ce que Ton croyait mort, c'est là un résultat artistique auquel un immense talent seul pouvsdt atteindre. Le génie de Chateaubriand soutint cette épreuve. On n'alla pas trop loin en comparant cet événement littéraire à l'acte politique de Napoléon relevant les autels. Le grand homme d'£tat se rencontrait avec le grand écrivain dont il reconnaissait le mérite pour comprendre qu'un peuple sans croyances est voué à la ruine. Avec l'instinct du maître, Napoléon restaura le culte ; avec la divination du poète, Chateaubriand donna la transfiguration esthétique du christianisme. ' Il apaisa la soif d'aspirations idéales que M""* de Staël
^ Chateaubriand» ŒuvreSy I, préface de l'édition de 1826, 327-328.
> Baron de VitroUes, Mémoires, note G. Chateaubriand, II, 466-467.
' Villemain, La tribune moderne: Chateaubriand, sa vie y ses écrits f l""' partie, 654. — Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe, XI, 488.