‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 204 sur 280 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

man. * Tieck , le plus fécond talent de cette école, chercha l'essence de Fart nouveau dans le fantastique et la sentimentalité, sans arriver à créer une œuvre achevée. Novalis donna, dans Henri d Ofterdingen^ la métaphysique du romantisme qui se perdait dans le symbole, et qui, mise en face de la clarté et du naturel de Wilhelm Meister^ se trouva condamnée parla comparaison qu'elle avait provoquée. Frédéric Schlegel s'abaissa à écrire l'histoire de Lucinde^ et Schleiermacher en fit cet éloge dégradant pour un théologien, que « jamaisencore l'amour avait été représenté comme dans ce livre ! » .

C'est en le comparant non à ces productions du romantisme allemand, mais à Gœthe et à Rousseau, que l'on se rend compte de la valeur de Chateaubriand.

Atala dépassait par l'éclat du coloris et la richesse des tableaux les descriptions les plus vantées de la Nouvelle Iléloïse : elle ajoutait à l'idylle de Bernardin de Saint Pierre une épopée où la passion se déchaînait à travers les âmes, comme l'ouragan à travers la forêt. René a été nommé un Werther après la Révolution,* désillusionné, sombre, noble et passionné. Il a été témoin de l'expérience d'où devait sortir un ordre meilleur et sait ce qu'il faut en attendre ; cette ex-

* BVédéric Schlegel, cité par * Haym, Vécùle romantique^ 252 et 688

* * Geop|»e9 Brandès, Les grande courants de la littérature du dix-neuvième siècle, 1, 40. — George Sand, essai sur ObermanUf dan» lequel il est parlé de René. Revue des Deux- Mondes, 1833, II, 679.

périence lui a coûté la foi, partant la volonté. Non point qu'il soit incapable d'agir ; il se complaît désormads dans sa douleur, comme le grand artiste qu'il immortalise. Ce n'était pas la moindre part de sa force d'attraction, que Chateaubriand- René, le fils des croisés, fût un homme absolument moderne, une personnalité si fortement accusée, que l'époque se reconnut dans le type où lise réfléchissait. Ce type, à la fois impétueux et mélancolique, égoïste et héroïque, n'était pas assez élevé pour entrer en conflit avec le présent, car la religion de Chateaubriand n'oblige pas plus que la morale de Rousseau.

En mai 1800 il était revenu de Londres et avait été reçu à Paris par Fonianes, qui quelques jours après lui fit faire la connaissance de Joubert et de la comtesse de Beaumont. Cette dernière, alors âgée de trente ans et enfin séparée judiciairement de son mari, habitait un petit logement de la lue Neuve-du-Luxembourg, où elle voyait Ghénedollé,Gueneau deMussy, plus tard parfois Bonald, M"^ de Krùdener, et, quand elle était à Paris, M"" de Staël. Chateaubriand n'eut pas plus tôt fait son apparition dans ce cercle intime, que M"*® de Beaumont fut gagnée, et pour toujours. En avril 1801 parut i4/a/a. et tous les sarcasmes, toutes les parodies furent impuissants, à lui ravir la couronne. Ce même printemps, Chateaubriand alla s établir avec son amie dans une campagne isolée non loin de Paris, où il acheva le Génie du Christianisme, Depuis dix ans qu'il était marié, il n'avait pas revu sa femme. On arrangea une rencontre entre eux avant la publication du livre.

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