‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 21 sur 280 · CHAPITRE PREMIER 4I · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER 4I

l'étrange regret que, sans la fatale arrestation ^u roi^ cette guerre eût été inévitable et la nation forcée de se retremper à la sanglante école des vertus publiques. Par un chemin tout à fait opposé, M""* de Staël aboutit à la même conclusion. Elle dit dans les Considérations qu'on ne pourra jamais assez déplorer l'arrestation du roi. (c II fallait avant tout, s'écriera-t-on, éviter la guerre civile. Avant tout, non; beaucoup d'autres fléaux sont encore plus à craindre. Des vertus généreuses se développent dans ceux qui combattent pour leur opinion ».* Ainsi ces deux femmes pensuent de même sur la nécessité delà guerre civile, qui» si elle avait éclaté alors, les aurait trouvées dans des camps opposés.

Ceux que la fuite du roi frappait au cœur, les constitutionnels, trahirent par leur attitude ambiguë dans quel douloureux dilemme cet événement les enfermât. Halouet et le petit nombre de ceux qui étaient à la hauteur de son dévouement déplorèrent Téchec iuplan, non seulement à cause de la famille royale, nais à cause de l'inconsolable Bouille. Ses régiments œ s'étaient montrés sûrs qu'en partie. On avait trop atendu. '

Par contre, La Fayette, rendu à la fois responsable des événements et abusé par eux, prouva par la natire de sa justification qu'il veillait sur le roi et les liens comme sur des prisonniers, bien qu'il eût toujours affirmé que leur liberté était complète. Il

< M»« de Staôi, Considérations, I, 412. * Mtloaet, Mémoires, II, 64. — Droz, Histoire de Louis XVJ, m, 433.

tenta mamtenant d'échafauder une autre fiction, celle de l'enlèvement violent du monarque, rappela dans ime adresse au peuple français les fautes et les parjures de la cour, et termina par une apologie de la Révolution. 11 songea un moment à proclamer la République, puis il donna aux gardes nationaux Tordre de Tarrestation de la famille royale, tombée aux mains des ennemis de la patrie. « Heureusement pour lui », lit-on dans ses Mémoires, « ce ne furent pas à ses ordres, mais à l'accident d'être reconnus par un maître de poste, et à de mauvais arrangements, que fut due leur arrestation S>. ^

Le parti royaliste, au sein de TÂssemblée et au dehors, vit dans les humiliations du retour de Yarennes le prologue de ce qui devait suivre. Quand, le lendemain ,1e roi fut entendu par trois commissaires de TAssemblée, Bergasse dit à Maury que pour un monarque un tel interrogatoire équivalait à Féchafaud. Tous les témoignages postérieurs, à commencer par la correspondance de la reine et les Mémoires de la duchesse de Tourzel,qui l'accompagnait dans sa fuite, confirment l'assertion de Louis XYI, que son inteition n'avait pas été de gagner la frontière, mais bien de recouvrer la liberté et l'indépendance de sa personne en s' éloignant de la capitale, et d'empêcaer ainsi en même temps l'invasion étrangère et la guerre civile. Bouille lui-même, sur qui il comptait, n'était rien moins qu'un homme de l'extrême droite. 11 repoussait toute idée de retour violent à l'ancier état

* La Fayette, Mémoires, III, 79.

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