‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 22 sur 280 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

de choses et voulait qu'on répondit aux vœux de la majorité de la nation. ^

Dans les lettres que Marie- Antoinette faisait parvenir, par des messagers sûrs, à l'empereur et à Mercy, eOe ne cesse de s'en prendre aux émigrés, qu'elle accuse de les avoir lâchement abandonnés, elle et les siens, en les livrant comme otages entre les mains de leurs ennemis. Le point le plus important sur lequel ses vues différaient de celles de son frère, c'est que, elle aussi, elle voulait voir mettre en pratique la constitution, mais seulement pour prouvera tout le monde que cette constitution, (c tissu d'absurdités impraticables » , n'était pas née viable^ Marie-Antoinette, en un mot, attendait le salut de l'intervention des puissances, tandis que l'empereur, admirateur de Turgot et de Beccaria, que tous ses intérêts comme toutes ses inclinations poussaient à une politique pacifique, restait fidèle aux tendances réformatrices de son règne de Toscane, et continuait à espérer qu'il serait encore possible, avec l'aide des modérés, d'établir une constitution de nature à être acceptée librement par le roi et à ramener la France à un gouvernement régulier. Au cas seulement où il n'y aurait aucun espoir d'atteindre ce but, il était prêt à intervenir par une alliance avec les souverains européens, parce que l'Europe alors défendrait sa propre cause, en même temps que la cause du roi très chrétien \ Pour

* Bouille, MémoireSy appendice : Pièces officielles.

* • Ârneth, Marie- Antoinette^ Joseph II et Léopold IL Cor* respandancef p. 196 et suivantes.

* ' Arnetb, Marie* Antoinette ^ Joseph U et Léopold IL CoT'^

les partis quidominaienten France, ridée seule d'une semblable solidarité était regardée comme un crime. Ces mêmes Jacobins, qui devaient prècber la guerre comme une croisade en faveur de l'évangile révolutionnaire et transformer les soldats de la République en missionnaires de leur propagande cosmopolite, accusaient de trahison tous ceux qui restaient attachés à la monarchie. Déjà Robespierre élevait cette accusation contre presque tous ses collègues de la Constituante. Elle s'étendait jusqu'à Sieyès, qui se prononçait alors pour la monarchie comme pour la forme de gouvernement la plus favorable en toute hypothèse à la liberté, bien qu'il en rejetât une garantie précieuse, le principe de stabilité basé sur l'hérédité, lequel, d'après l'axiome de Montesquieu^ n'existe pas dans l'intérêt de la maison régnante, mais bien parce que l'intérêt de l'Ëtat réclame une maison régnante. A sa place, Sieyès proposait d'introduire la royauté élective, combinaison qull avait commencé par traiter de chimère, et qui s'est toujours montrée assez désavantageuse à la monarchie pour mériter les sympathies des adversaires de celle*ci. Par contre, Bamave déchaîna contre lui la colère de la gauche en déclarant, du haut de la tribune de la Constituante, qu'un pas de plus vers la liberté serait la destruction de la monarchie, un pas de plus vers l'égalité la destruction de la propriété, et en étendant encore une fois sur la personne du monarque, à propos de la question de l'inviolabilité,

respondance. — Sorel^ L'Europe et la HévoltUion française, II, 233,

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