CHAPITRE SIXIÈME
maire la seule révolution nécessaire et bienfaisante qui se fût encore produite en France. *
^ Parmi les nombreuses accusations dirigées à tort contre Bonapaite » , dit un des plus grands écrivains politiques de l'Angleterre, sir Henry Maine, « il n'en est pas de plus injuste que celle qui lui reproche d'avoir détruit une république, c'est-à dire un gouvernement libre. Ce qu'il anéantit fut la tyrannie militaire; qu'il remplaça par une tyrannie plus dure, il est vrai, mais infiniment plus juste ». « C'était un pas de plus vers la réalisation de cette unité absolue qui était le rêve caressé de la démocratie nouvelle » , avoue l'accusatiBur môme de Napoléon, Lanfrey. « L'arbitraire d'un seul a d'ailleurs sur celui d une assemblée cette supériorité, qu'il imposeune responsabilité plus .réelle. Un dictateur n'a pas ce refuge de l'anonyme qui protège les membres d'une assemblée et qui, en 93, avait couvert tant de lâchetés ».^ Le dogme de la souveraineté illimitée du peuple, tel que la démocratie française le proclamait, sMncarna désormais en lui comme en l'héritier naturel de la Convention. La désignation de « Robespierre à cheval » appliquée à Bonaparte et faussement attribuée à M*""" de Staël, définissait plus justement qu'slucune autrala situation après le
' • Niebuhr, Histoire de l'époque de la Révolution, ÏI, 15^ et 161. — * Sybel, Histoire de l'Europe pendant la Révolution française, V, 545.
* Sir Henry Maine, Popular Government, IV : Conslîtutiun of the United States.
* Lanfrey/ £55ai sur ta Révolution française, 386.
18 Brumaire. ' H™* de Staél se contente de dter le mot dit plus tard par Bonaparte : « J'ai trouvé la couronne de France à terre, et je l'ai ramassée ». •
Le temps n*était plus où, trompée par l'attitude hostile de Bonaparte envers les royalistes et les émigrés, elle avait écrit à Meister que si le jeune général continuait comme il avait commencé, il serait le meilleur républicain de France, de même qu'il était déjà le plus libre des Français. ' Après le coup d'Etat elle sentait, comme en vertu d'un instinct prophétique, que le rétablissement des institutions libérales était indéfiniment ajourné et que sa foi politique n'avait plus d'avenir. Pour sauver la France des Jacobins, elle avait pensé à Moreau, puis à Bernadotte, qui tenait plus de l'homme d'Etat, a Mon Dieu I qu'on aurait besoin de n'être pas toujours sauvé! », écrivait elle un jour à Meister. * Ces sauvetages lui faisaient maintenant TefTet d*un châtiment. « Au bout d'un certain temps » , ^ lit-on dans les Considérationsy « les idées reviennent ; mais la génération qui a eu part à de grands troubles civils n'est presque jamais capable d'établir la liberté ; elle s'est trop souillée pour accomplir une œuvre si
* A. Franck, A/"»» de Staél. Revue des cours littéraires^ 1867- 68, 4"»» année, 168.
« M«« de Slael, Considérations, Xllf, 219. s M'°«de Staël à Meister, 24 juillet (1797). Lettres inédites en la possession de M. le D** Th. Reinhardt.
♦ M-» de Staël à Meister, Coppet, 3 novembre (1796 ?), sans date. Lettres inédites en ia possession de M. le D'Th. Reinhardt.
» M»* de Staël, ComidérationSy Xllî, 231.