‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 216 sur 280 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

qu'elle avait résisté à Tattrait intellectuel. ' Necker attachait un prix véritable à ces relations de sa fiUe avec Gerando et sa femme. « Je recommande à votre protection » , écrivait-il le 6 décembre i 800, (c et à celle de M. de Montmorency, ce que ma fille rapporte de Suisse en sentiments doux et en principes affermis, ce qui va si bien à sa nature. J'ai su avec plaisir qu'un bon ménage habitait ma maison de campagne, et ce ne sont pas mes traces que vous chercheriez de préférence dans les belles allées de Saint-Ouen, si vous aviez connu ce que j'ai perdu ». *

La vente de T hôtel de la Chaussée d'Antin avait mis M°* de Staél en rapports avec M"« Récamier, et il s'ensuivit une amitié qui, en dépit de la diversité de ces deux natures ou plutôt à cause de cette diversité même, ne fut pas moins tendre que durable. Aux débuts de celte amitié se rattachent des anecdotes souventracontées. Matthieu de Montmorency a fournil'occasion de la plus connue. Placé un soir entre ses deux amies,|il se laissa aller inconsidérément à dire qu'il se trouvait entre l'esprit et la beauté. « C'est la première fois que Ton médit que je suis belle », répondit sans hésiter M""** de Staël. Une autre ^fois, elle demanda à Talleyrand ce qu'il ferait s'il les trouvait, M"* Récamier et elle, en danger de se noyer. Il ne répondit pas, comme le fit en pareille circonstance la comtesse

* Lettres de la baronne de Gerando, 393, 399-404. Paris,

* Baroa G. de Gerando, Lettres inédites et souvenirs biO' graphiques de tf"* Récamier et de if"« de Staél, Paris et Metz, 4868, 31. Necker à Gerando, 6 décembre 1800.

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Amélie de Boufflers qui, interrogée à laquelle des deux, de sa mère ou de sa belle- mère, elle donnerait la préférence, avait répliqué qu'elle sauverait d'abord sa mère, puis se précipiterait dans les flots avec sa belle-mère ; il se contenta de dire : «Oh! M"' de Staël sait tant de choses, que sans doute elle sait nager ! » . ^

On n'a publié de la correspondance de celle-ci avec M"' Récamier que des lettres insignifiantes, au nombre desquelles se trouvent les premières, qu'elle lai ait écrites. Récamier avait conduit sa femme à Londres en mai 1800, et M"' de Staël lui parle de l'événement du jour, le mariage de Talleyrand avec M"'" Grant : « Bonaparte veut que tout le monde se marie, évêques, cardinaux, etc... Je pars demain pour six mois ; tout ce qui vous aime se disperse. Je ne vous reviendrai que l'hiver prochain ; deux voyages par an marquent trop exactement la>ie, il n'est pas possible d'erf oublier les progrès... Donnez moi de vos nouvelles ; j'espère que vous avez perdu cette singulière timidité que vous éprouviez en m'écrivant. N'avez-vous pas bien vu que je vous aimais, et que cet esprit dont vous m'accusiez ne servait qu'à mieux vous deviner et à vous trouver de nouvelles raisons pour vous être tendrement attachée ?... Adieu, belle Juliette ; il me semble que tout le monde s'ennuie à Paris. Depuis qu'on n'a plus rien à penser ni à dire, on a de la peine à remplir son temps. Vous êtes dans

^ Heary Crabb Robînson, Reminiscenses and correspondence, I, 479 .

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