‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 219 sur 280 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

En novembre 1800, M"* de Staël revint passer rhiver à Paris, où, depuis sa séparation d*avec son mari, elle avait échangé Thôtel de la rue du Bac contre une maison de la rue de Grenelle-Saint-Germain, toute proche de la premi«Me. C'était Tépoque de la conclusion delà paix, des négociations du Concordat, du traité de Lunéville, de la création du royaume d'Ktrurie. Des ambassadeurs de cours allemandes portaient le bichon de M »"• de Talleyrand, des Bourbons recevaient des couronnes de Bonaparte ; des princes allemands faisaient antichambre chez lui. La paix avec T Eglise et la paix avec l'Angleterre se préparaient. 1/ échec de l'attentat de la machine infernale dirigé contre le Premier Consul, qui marque le moment décisif où, de sauveur de la société, il en devint le tyran, ne fit qu'augmenter son prestige. On discutait le soir même, en sa présente, ce qui serait arrivé si l'attentat avait réussi. Moreau, disaient quelques-uns, lui aurait succédé. Pour lui, il nomma Bernadotte. « Gomme Antoine », dit-il, « il auraif montré au peuple la robe sanglante de César. »

C'était le temps le plus défavorable à toute pensée d'opposition. M"*® de Staël ne commit pas la faute de se laisser aller à cette tentation. L'hiver s'écoula tranquillement pour elle en apparence, loin des cercles du gouvernement, mais en relations sociales suivies avec des étrangers, et particulièrement avec le corps diplomatique. Elle passa quelques jours a Morfontaine, propriété de Joseph Bonaparte, avec le plénipotentiaire autrichien Cobenzl, qui venait de signer

à Lunéville la défaite de la seconde coalition. ' Le diplomate impérial lui parut plus insignifiant qu'il l'éuiit en réalité. Dans une soirée chez le général Berthier elle se rencontra une foisencore^avecle Premier Consul. Prévoyant le cas où il donnerait carrière à sa mauvaise humeur contre elle par quelquesunes de ces remarques désobligeantes qu'il n'épargnait pas aux femmes, elle avait pris quelques notes qui ne lui furent d'aucune, utilité ; il passa devant elle en lui adressant quelques mots insignifiants. Un nouveau motif de mécontentement qu'il nourrissait à son égard était son amitié avec Bernadette, qui, bien que beau-frère de Joseph Bonaparte par son mariage avec M"* Clary, était tenu par Napoléon pour un intrii^ant dangereux et même pour un rival. En 1810 même, quand on jeta les yeux sur son maréchal pour la succession au trône de Suède, Napoléon remonta à ces souvenirs de 1801 où Bernadotte était accusé d'intelligences avec le parti révolutionnaire, et, dans une conversation avec Metternich, le qualifia de «vieux Jacobin». ' En dépit de ces signes menaçants, M°** de Staël pouvait, grâce à l'appui de Fouché, venir encore en aide aux autres et oublier ainsi les désagréments de sa situation personnelle. Dans cette disposition d'esprit relativement plus calme, elle revint en Suisse pour y passer l'été. A Coppet devait se décider la question de sa-

^ * Arneth, Le comte Philippe de Cobenzl et ses Mémoires,

* Metternîch, Mémoires, 11^ 390. — Lwmartîne, Souvenirs et portraits, I, 251. — Gohier, Mémoires, I, 127.

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