CHAPITRE PREMIER
soulevée par la fuite à Varennes, le manteau protecteur de la théorie et de la loi. Mais cette victoire resta stérile. Non seulement elle ne désarma pas les Jacobins, mais elle n'encouragea. plus la droite ; trois cent quinze de ses députés avaient déjà déclaré que, d'informes institutions républicaines ayant été érigées sur les débris de la monarchie, eux, les députés, continueraient, comme par le passé, de se rendre aux séances de TAssemblée, pour y sauvegarder les intérêts du roi et des siens, mais qu'ils ne voteraient plus. Malouet et ses rares partisans cherchèrent en vain à démontrer l'absurdité de cette tactique. Eux aussi ne pouvaient nier ce que l'enfant terrible de la démagogie parisienne, Camille Desmoulins, proclamait avant Varennes, à savoir que la monarchie existait encore de nom, soutenue par le servilisme de quelques pauvres insensés, mais que, à l'exception de cinq ou six décrets contradictoires entre eux, on avait constitué une république. * La Fayette ne faisait que conflrmer cette assertion quand, beaucoup plus tard, en janvier 1799, entendant dire que la première constitution française était républicaine, il se rangeait absolument à cet avis; « car lorsque, dans un tout, quatre-vingt dix-neuf parties sont d'une nature, et une seule partie d'une nature hétérogène, il conviendrait que la dénomination fût appropriée aupremier terme. Aussi ne puis-je blâmer MM. Burke, Meunier, John Adams, en un mot les publicistes les plus éclairés qui ont écrit contre le parti constitutionnel, de lui avoir donné le nom de républicain^ et
* Droz, Histoire de Louis XVI, III, 443.
d'avoir appelé Tétat de la France depuis 1789 une république». *
C'était donc le inomeat d'examiner, dans Tété de 1791, si l'heure de la proclamation de cette république était venue, ou si le roi, suspendu et prisonnier depuis Varennes, devait être remplacé. Des députés de toutes nuances, à part celle d'extrême gauche, étudièrent en commun ces deux éventualités ; Dupont de Nemours, en particulier, les soumit à un examen attentif. Le résultat fut que, en cas de maintien de Ja jnonarchie, Louis XVI pouvait seul la représenter, et que l'Assemblée nationale comptait à peine trente partisans de la république, tandis que, même en laissant de côté les irréconciliables de la droite, environ sept cents députés voulaient la monarchie avec une modification de la constitution destinée à rendre de nouveau possible la tâche du gouvernement. En effet, tandis que, depuis le 21 Juin et pendant les trois mois qui suivirent, l'Assemblée exerçait à elle seule le pouvoir, force lui fut faite de s'apercevoir que la machine gouvernementale refusait le service, que TEtat était désorganisé, l'édifice social chancelant, et la force d'impulsion aux nudns de quelques meneurs fanatiques. Et tout cela en vue d'un but que, à part une très petite minorité, personne en France ne prétendait vouloir atteindre, et qui de plus était en opposition directe avec la teneur des cahiers et des mandats de 1789. •
* La Fayette, Mémoires, III, 193.
» Rœderer, Œuvra, III, 56. — Malouet, Discours à la Constituante, \m\\tl'd^o(jii 1791.