‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 221 sur 280 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

narchique '. Necker De dissimulait pas sa prédilection personnelle pour la monarchie, mais il ajoutait que Bonaparte lui-même ne serait pas assez fort pour la fonder en France. L'attendre des Bourbons, c'est là une chose qu'il déclarait absolument impossible, et il parlait du despotisme militaire comme du plus grand malheur qui pût atteindre un pays.

On se décida à Coppet pour la publication de Touvrage ; il parut dans l'automne de 1801. C'était un bon livre ; il contenait nombre de vérités utiles et de salutaires conseils, et on lui rendit justice à cet égard. Mais le temps de l'auteur était passé, et le rétablissement de la meilleure des constitutions rejeté à Tarrière-plan parla nécessité d'une reconstruction de la société.

fit II est bizarre », écrivit [Rœderer, « de vouloir faire une constitution lorsqu'il devient d'heure en heure plus évident que les constitutions se font ellesmêmes et ne sont pas faites. Autant il est piquant de parler de la chose dont tout le monde ne parle point encore, autant il est fastidieux de parler longuement, avec apprêt, avec étalage, de la chose dont on ne veut plus parier». 'Ceux mêmes qui étaient d'accord avec Necker ne trouvaient pas beaucoup mieux à dire en sa faveur que M™° de Beaumoot, qui écrivait à Joubert que le nouvel ouvrage du «t grand homme

• Necker, Dernières vues de politique el de finances. (Euvres, XI. p. 83 et sqq., XII, ^89-199, 222. Comparer M">« de Staël, Considérations Xlll, 274-294.

» Rœderer, Œuvres, V, 103.

de Necker » était estimé, mais peu lu. ' M"® de Staèl elle-même, en dépit de toute son admiration personnelle, ne brigua cette fois que les suffrages de ses amis tout à fait intimes. Elle voulait connaître le jugement de Gerando et de sa femme, de Camille Jordan, de Mathieu de Montmorency, sur un livre dont elle vantait la sagesse indulgente. '

Les projets de constitution rédigés à Coppet n'étaient pas de nature à émouvoir, chacun du moins Teùt cru, le Premier Consul arrivé au faite d une puissance incontestée. Mais les avertissements de Necker relatifs aux empereurs mililaires et au règne des prétoriens ne lui semblèrent rien moins qu inoffensifs. Le premier signe de son mécontentement fut une lettre adressée par leConsul Lebrun à Necker; après quelques récriminations sur le passé politique de celui-ci, il lui donnait le conseil de laisser à l'avenir à de plus compétents le soin de la prospérité de TEtat. Il exprimait en même temps la menace qu'on saurait punir les fausses allégations sur la situation de la France. ^

Dans l'intervalle, la paix avec TAngleterrc avait été signée. « Que dites-vous de toutes ces paix et de l'indifférence de Paris à côlé des transports de Lon-

* Sainte-Beuve, CUateaubriand et son groupe litlérair sous l'Empire, II, 213-214.

2 De Gerando, Lettres inédites et souvenirs biographiques^ 45. M*»* de Staël à Gerando, 31 octobre 1801. — Saiote- Beuve, Camille Jordan et M'^^ de Staël. Piouveaux Lundii, XII, 255.

'M»"» de Staël, Considérations, XIlI,-279, 290 ; Dix années d'exil, 1»^ partie, chap. Vfll et X.

Page 1