‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 222 sur 280 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

dres? », écrivait M"* de Staël à son ami Meister. « La paix était bien plus utile cependant à la France qu'à l'Angleterref N'en concluriez-vous pas par hasard que la liberté est de quelque chose dans l'intérêt que Jes peuples prennent à leur destinée... Bonaparte, très en colère de l'impassibilité de' Paris, a dit à ses courtisans réunis : Que leur faut-il donc, que leur faut-il donc? Et personne ne s'est levé en pied, ou rassis s'il était debout, pour lui dire : La liberté, citoyen consul, la liberté... Vous voyez que je me laisse aller à mon mouvement naturel, mais je vais rentrer dans les diaînes et l'amusement, qui énerve aussi l'âme, et je me. tairai six mois ». * ^

Le retour à Paris, fixé pour novembre, fut remis au mois de mars 1802. M'"* de Staël crut sage de passer l'hiver à Coppet. En rentrant dans la capitale, elle la trouva plus soumise que jamais. Les républicains ne permettaient à aucun autre parti de les dépasser en dévouement. L'instinct de conservation devint du cynisme. Barèrefut employé dans la police, David nommé peintre de la Cour, Drouet appelé aux fonctions de sous-préfet, qu'il remplit avec zèle. Quand, un peu plus tard, parut le passage célèbre du catéchisme où il était dit qu'honorer et servir l'Empereur c'était honorer et servir Dieu lui-même, M"® de Staël fut la première, sinon la seule, à relever de telles monstruosités. * Au printemps de 1802

* M«»« de Staël à Meister, 23 octobre (1801). Lettres inédites en la possession de M. le D»" Th. Reinhart.

* M°>« de Staël, Contidérations, XLIl, 274. Comparer D'HaussoQville, L^ Eglise romaine et le premier Empire, I.

le Premier Consul épura le Tribunat, ce qui eut pour conséquence d'exclure pendant douze ans Benjamin Constant de la vie publique et avec lui les quelques hommes qui ne conclurent pas leur alliance avec l'Empire . Vastre de ce dernier se dessinait à l'horizon en contours de plus en plus nets et accusés, et son plein développement fut précédé de la nomination de Bonaparte comme consul à vie.

Dans rintervalle avait paru la Constitution italienne ; elle portait en tête la présidence du Premier Consul, et partageait la nation ei) trois classes : les possidentii les dotti et les commerciariti. Ce que M"* de Slaël commentait de la façon suivante : les propriétaires pour les imposer ; les hommes de lettres pour les faire taire, et les commerçants pour leur fermer tous les ports. Elle noua des relations amicales avec le vice- président de la République cisalpine, le comte Melzi, et avoue qu'il lui échappait des sarcasmes sur la façon dont les derniers restes de liberté avaient été escamotés sous les yeux de tous. Ce qui était plus grave fut ceci, qile toutes les velléités oppositionnelles comptaient maintenant sur Bernadotte pour empêcher, par des moyens légaux, l'usurpation menaçante. Le plan échoua par l'indécision de membres du Sénat, sans lesquels on ne voulait pas se risquer. Joseph Bonaparte obtint du moins de son frère que tout le châtiment de Bernadotte se bornerait à des paroles menaçantes et à la perte de son grade. En revanche, la colère du Premier Consul se tourna contre M"« de Staël : on n'approchait pas d'elle, disait-il, sans s'éloigner de lui. Des personna-

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