CHAPITRE SIXIÈME 47b
ges princiers même se voyaient pour ce motif exposés à ses récriminations. Le ûls du stathouder des Pays-Bas, le prince d'Orange, ayant accepté une invitation à diner chez «Ue^ Bonaparte lui en fit des reproches. *
Les royalistes, de leur côté, n'étaient pas devenus plus indulgents à l'égard de M"* de Staël. M"" Suard, entre autres, qui n'était rien moins que bonne, ne trouva aucun mal à ce que son mari, revenu de l'exil, acceptât de l'a usurpateur » honneurs et traitement. Mais ils tinrent tous deux un certain temps à l'écart, avec une froide politesse, M°*' de Staël, à cause de ses sentiments républicains. *
M"* d'Arblay étant venue à Paris, au printemps de 1802, pour revoir la patrie de son mari et d'anciennes connaissances, des dames royalistes, M""^ de Poix entre autres, qui devait la vie à M"' de Siaël, lui rapportèrent de celle-ci des traits de vraie grandeur d*àme et lui dirent comment elle payait le mal par le bien ; mais, en même temps, elles conseillèrent à leur amie d'Angleterre de ne pas la fréquenter, et celle-ci resta une fois de plus impolie et correcte. <r Combien je lui serais reconnaissante de me pardonner ma conduite d'alors », écrivait avec un tardif repentir dans son journal la môme M"* d'Arblay, quaud M""* de Staël retourna à Londres en 1813,où elle
« M"« de Staël, Dix années d'exil, 4 '^ partie, chap. IX. — Th. Jung, Lucien Bonaparte et ses Mémoires, II, 107, 303, 445. Bernadotte à Lucien, 1804. — M™« de Rémusat, Mémoires, II, 398.
* M»»» Suard, Essai de mémoires sur Suard, ^63.
fut entourée d* hommages par la société et la Cour. ' En attendant, on continuait de la maltraiter à Paris. Lucien Bonaparte, qui en parle, impute au désir de se recommander à la bienveillance de son frère Napoléon la conduite brutale du tribun Canon- Nisas envers M"* de Staël, qull qualifie « de méprisable et lâche insolence ». "
Après la paix d'Amiens, miss Berry et sa sœur revinrent à Paris. Les amies d'Horace Walpole trouvèrent la société tout à fait transformée : l'attitude des hommes négligée, les femmes défigurées par la mode, qui prescrivait de porter des châles de prix, des dentelles et le plus de diamants possible,mais qui n-'arri\feit pas au goût. L'usage des soupers s'était à peu près perdu, à minuit on se séparait. Chez le 'consul Lebrun, qui était veuf, présidait une vieille parente, qui remplissait en même temps les fonctions de femme de charge. La Fayette, « l'air distingué et souffrant », venait de rentrer dans sa patrie, où il passa presque inaperçu;les héros populaires n'étaient plus de mode pour le moment. Une compatriote introduisit les voyageuses anglaises chez M"* Laetitia Bonaparte, qui habitait, dans la Chaussée d'Antin; l'ancien hôtel de Montfermeil ; la mère de Najwléon était une personne agréable et imposante, qui inclinait alors, racontait-on, vers les doctrines* de Swe-
1 Mn>t d'Arblay, Diary and Letters, VI, 393, VU, 9.
^ Th. Jung, Lucien Bonaparte et ses Mémoires^ H, 205. — Voici le fait tel que le conte Rœderer {Œuvres, IV, 207). M™« de Staël sortant de chez le consul Gambacérés, celuici fit signe à Carion-Nidas de la reconduire ; elle le remarqua : ■ Vous ne vouliez pas, dit-elle, me donner ta main ?» Il répondit, en offrant sa main : « Ah I Madame, de bien bon cœur, jusqu'aux frontières ».