‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 224 sur 280 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

denborg. Chez l'ambassadeur d'Angleterre, M. Jackson, elles rencontrèrent le comte de La Marck, Adrien de Bfontmorency et M"* de Staël, qui leur présenta Monge et Barbé-Marbois. Le 2 avril, elles dînèrent chez elle avec M"* Necker de Saussure, le général Marmont et sa femme, M°® Récamier, l'ambassadeur de Prusse Lucchesini, l'ambassadeur de Russie Markoff, Girardin d'Ermenonville, Benjamin Cionstant, le général DessoUes. le marquis de Ghau* velin et le comte Louis de Narbonne. Quelques jours plus tard, le ténor Garât y chanta, et miss Ben'y consigne dans son journal que, des deux sociétés parisiennes, Tancienne et la nouvelle, c'était la première qui s'entendait le mieux à se divertir en toute simplicité, devant un buffet garni de glaces, de gâteaux et de punch. * Au nombre des personnes revenues de l'exil se trouvait le chevalier de Boufflers, qui avait vécu auprès du prince Henri, frère de Frédéric le Grand, dans son château de Rheinstein où il avait épousé M"* de Sabran. M°* de Staël désirait sa noijfination à l'Académie réorganisée ; il lui répondit :

Je vois rAcadémie où vous êtes présente. Si vous m'y recevez, mon sort est assez beau. Nous aurons h nous deux de l'esprit pour quarante» Vous comme quatre et moi comme zéro. *

Une des dernières fêtes du Consulat, à laquelle assista M""* de Staël, fut un grand bal donné par le plénipotentiaire russe Yrensporten ; on y attendit inutilement Bonaparte. D'après une description faite

* Miss Berry, Journals and Correspondence, II, 430-191. » Rœderer, Œuvres, IV, 211.

par M"* de Staël au frère de celui-ci, Joseph, w les agneaux y paissaient avec les loups, comme dans la jeunesse du monde » ; c'était un pêle-mêle inouï : thermidoriens, royalistes, généraux bonapartistes et lettrés, M"'* de Boufflers-Sabran, M"*^ Récamier, M"'' Tallien. '

Une fort belle lettre, adressée vers ce temps-là par M"' de Staël à Fauriel,la montre de plus en plus attirée vers les natures profondes : « C'est à vous que j'ai besoin de dire tout ce qui appartient à l'âme », lui écrivait-elle. « Ce n'est pas assurément que votre esprit aussi ne me plaise, mais il me semble qu'il tire surtout son originalité de ses sentiments... Je ne vous vois jamais, mon cher Fauriel, sans gentîr profondément que jaaiais aucun caractère n'a captivé le mien davantage. Cette pensée douce et triste tout à la fois se grave plus avant au lieu de s'effacen.. il me semble que nous sommes faits pour être amis, et je l'attends, votre amitié, comme cette moitié d'une lettre déchirée qui pfeut seule expliquer l'autre » . ^

Bientôt après survint un grand changement dans l'existence de M™« de Staël. La santé de son mari était fortement ébranlée depuis quelque temps. Elle-même se disait prête à oublier le passé, et écrivait en Suède qu'elle retournerait à lui, le sachant malheureux! Dans les premiers jours de mai elle en-

* Du Casse, Mémoires de Joseph Bonaparte y X, 417. ^ Kathlen 0' Meara, Af°^ Mokl, ses amis et son salon. AtlantiC'Montlilyy janvier-mai 18S5. M™« de Staël à Fauriel,

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