CHAPITRE SIXIÈME
tes qai la dominaient tour à tour, au lieu de se limiter, de se tempérer, mutuellement, c'est ce qui rendit son existence orageuse, c'est ce qui rendait son intimité, voire même son intérieur de famille, passionné, ardent, tumultueux ; je ne crains pas d'ajouter que c'est ce qui détruisit sa satité, malgré la vigueur naturelle de son tempérament, et termina prématurément sa vie dans la force de Tâge et du talent ». *
£n ce qui concernait Benjamin Constant, cette dou^ ble nature s' affirmait ainsi : l'instinct de conservation, la raison, le besoin d'indépendance élevaient la voix, mais le cœur voulait retenir l'objet de sa passion et ne trouvait pas la force du renoncement.
Depuis Tachèvement du livre De la Littérature, le conflit intérieur, pour s'apaiser, revêtait l'expression artistique. M"* de Staël était trop logique et avant tout trop sincère pour prêcher des doctrines qu'ellemême ne suivait pas. Convaincue de l'inutilité de tous les efforts qui' tendent à gagner les hommes à un idéal moral sans joindre l'exemple à la parole, elle créa une œuvre imparfaite sans doute, mais non point superflue.
Delphine marque une phase de transition. L'héroïne tombe victime de la fausse conception de la vie qui cherche la mesure du juste et de l'injuste dans les convenances extérieures et qui prétend au bonheur comme à un droit, au lieu d'apprendre à
* Duc de Broglie, Souvenirs^ I, 266.
se passer de lui. Dans l'histoire du développement intellectuel de M"*' de Staël, ce roman n'est qu'une étape sur la voie ascendante qui, parvenue aux hauteurs de Corinne^ atteindra à la grandeur de l'art véritable et de l'apaisement intérieur.