‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 227 sur 280 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

A la fin de Tautorane de 1802, le public lettré eut une surprise plus rare alors que de nos jours, et qui atteignit presque aux proportions d'un événement. Un roaian de M""* de Staël, Delphine, venait de paraître. Le fond de l'histoire, qui occupait tout le monde, était celui -ci.

Delphine d'Albémar, une belle veuve blonde de vingt ans, à Taspect gracieux et noble, est une enthousiaste, à la fois douce et passionnée, énergique et tendre. Elle prétend prendre sa conscience pour juge unique de ses actions et ne tenir aucun compte des jugements du monde.

Le premier usage qu'elle fait de sa liberté est d'abandonner une partie de l'héritage qui lui vient de son maria une parente de celui-ci, M"'^^ de Vernon, afin do faciliter le mariage de la fille de cette dame, Mathilde, avec Léonce de Mondoville. Léonce, né en Espagne d'une mère française, apparaît à l'entourage au milieu duquel son mariage doit le placer, grâce à sa conduite dans une affaire d'honneur, sous

un jour romanesque qui assure à cet inconnu la sympathie de Delphine. Dès la première rencontre, cette sympathie se change en inclination passionnée. Lc'once y répond et songe à renoncer au projet d'union avec la pieuse et froide jeune fille que des considérations de famillelui avaient destinée comme épouse, et à devenir le mari de celle qui lui semble réaliser toutes les perfections de la femme.

Ce proJQt est sur le point d aboutir, quand Thé-' rèse d'Ervins. une femme mariée malheureuse, réclame de son amie Delphine un service : celui de lui permettre de se rencontrer pour la dernière fois dans sa maison avec l'homme qu'elle aime Delphine y consent. Mais l'apparition du mari furieux interrompt l'entrevue. Il s*ensuitune scène violente, puis un duel, dans lequel d'Ervins succombe. Pour couvrir son amie mourante, Del|)hine sacrifie silencieusement sa propre réputation. On se raconte à Paris que le sang de d'Ervins a coulé pour elle. Léonce seul doit apprendre la vérité par M"« de Vernon ; mais celle-ci abuse de la confiance de Delphine pour regagner sftn gendre, dont elle exploite la sensibilité envers les jugements du monde. Léonce n'accorde aucun délai à celle qu'il aime ; torturé par la jalousie, il la condamne comme les autres et conduit Mathilde à l'autel. Cachée derrière un pilier, Delphine est témoin de l'union qui détruit son bonheur. Bientôt après Thérèse d'Ervins va expier dans un couvent la faute commise et confie son enfant unique, une petite fille, à la protection^maternelle de Delphine. Le hasard veut que Léonce apprend la vérité

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