‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 228 sur 280 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

de la bouche de cette enfant. ^\'^^ de Yernon, en voyant s'écrouler l'édifice mensonger si péniblement dressé par elle et à l'ombre duquel elle pensait abriter son avenir et celui de sa fille, ne lutte pas davantage contre une maladie qui la menaçait depuis longtemps et appelle Delphine à son lit de mort, afin qu'elle lui pardonne. La lettre dans laquelle elle développe lea mobiles qui l'ont fait agir est une des meilleures parties du livre.

Delphine pardonne; mais Léonce, trompé dans son bonheur, se laisse aller à un mouvement de fureur qui hâte la fin de M"*" de Vemon.

Au dernier moment, il est vrai, sur les pressantes instances de M""" d'Albémar, il promet de ne pas venger sur l'enfant la faute de la mère ; mais dès la lettre suivante à Delphine il déclare que le serment de fidélité fait à sa femme ne le lie point. Au contraire, le devoir deM""^ d'Albémar, c'est de répondre à son amour.

Suivent alors une série de complications et de conflits qui, transportés sur le terrain moral, rappellent Clarisse Harlowe : Clarisse, mais point Lovelace,. car Léonce n'est ni un coquin ni un héros. Il compromet constamment celle qu'il aime, et ne peut supporter le blâme dont il est nécessairement l'objet. Delphine met fin par la fuite à cet état insupportable et espère rendre ainsi Léonce à ses devoirs. En Suisse, où elle s'est réfugiée, elle apprend qu'un gentilhomme français, qui Taimait, voulait devenir son mari et avait renoncé à un duel avec Léonce dans l'intérêt de sa réputation à elle, gémissait en prison, pauvre et dé-

laissé, SOUS une accusation fausse. Elle s'impute la cause de son malheur et se rend en hâte auprès de lui, résolue à tout essayer pour le sauver. Mais l'amour du gentilhomme s'est changé en haine, et sur un dernier refus de Delphine de devenir sa femme, il l'enferme avec lui. Un hasard la sauve de la honte, mais une fois encore son imprévoyance a donné lieu à des bruits dont elle n'a que trop souvent éprouvé l'action sur Léonce. Sous l'impression de ce qui s'est passé, Delphine, l'adepte de la religion naturelle, prend le voile dans un couvent. A peine s'est-elle enchaînée par des vœux éternels, que Léonce parait. Il est libre. Sa femme et son enfant sont morts. Il airae toujours Delphine. C'est en vain qu'elle réclame de lui le renoncement, quand il apprend ce qui est arrivé. 11 ne peut ni se sacrifier, ni être heureux, et il la contraint aie suivre. Retourné avec elle dans son pays natal, en Vendée, son dessein de la prendre pour femme échoue au dernier moment par suite de l'opposition des paysans, qui ne veulent pas que le fils de leurs anciens Seigneurs épouse une ci-devant religieuse.

Arrive septembre 1792. Léonce n'est pas un adversaire de la Révolution ; il partage maintes de ses idées et comprend ses motifs. Mais c'est un gentilhomme de vieille race, qui ne veut pas être accusé de s'être rangé du côté du plus fort. En politique et en religion, comme dans la question du juste et de l'injuste, de la honte ou de l'honneur, il est guidé non par des convictions, mais par les préjugés qui s'agitent autour de lui et font pencher la balance.

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