CHAPITRE PREMIER
A ce moment, où Ton s'avouait enfin de tous cdtés que Talliauce des doctrines abstraites et des passions déchaînées poussait la nation entière vers un avenir qu'elle n'acceptait pas plus en pratique qu'en théorie, il s'éleva une tempête qui pouvait purifier l'atmosphère politique et concentrer une fois encore énergiquement les forces de résistance. Le 15 juillet, l'Assemblée décida presque à l'unanimité de ne pas mettre le roi en accusation. Il devait rester suspendu jusqu'à la présentation de la Constitution, et Bouille poursuivi pour crime de haute trahison. L'insuffisance de cette mesure fut relevée par Robespierre, qui démontra avec une irrésistible logique que si le roi était innocent, il ne pouvait avoir de complices. En même temps, le club des Jacobins déclara que la fuite à Varennes constituait en fait une abdication, et deux de ses membres, Laclos et Brissot, rédigèrent une motion en ce sens; celle-ci n'ayant pas été acceptée par l'Assemblée, le club organisa l'émeute du Champ de Mars. Cette fois, au lieu de Tenthousiasme et des démonstrations de fraternité offertes l'année précédente, on tira sur La Fayette ; Paris fut déclaré en état de siège, le drapeau rouge arboré à r Hôtel de Ville, et le 17 juillet au soir la garde nationale, sous les ordres de son général e sous les yeux de Baîlly et de la municipalité, marcha contre les émcutiers, qui laissèrent sur le carreau trois cents à quatre cents hommes.
Les choses semblaient vouloir prendre maintenant une autre tournure. Marat disparut dans une cave ; Robespierre évita de dormir chez lui ; Danton quitta
Paris, et Camille Desmoulins devint introuvable. Les autres se retirèrent du club des Jacobins, qui au lieu des quatre cents députés inscrits primitivement sur ses listes, n'en compta plus que sept. ' Bamave» Lameth, Duport, les « pères de la Constitution d, se réunirent dans le nouveau club des Feuillants^ pour opposer à la république de résistance d'un côté et de destiiiction de Tautre un programme de gouvernement. Le baron de Staël raconte que Bamave dit alors ouvertement qu' a il fallait que les Assemblées futures n'eussent que Tinfluence d'un conseil de notables et que la force fût dans le gouvernement » . ' Le petit cercle encore existant de monarchistes constitutionnels, Malouet et Clermont-Tonnerre parmi les députés, Mallet du Pan dans la presse, reprenait faveur. L'émigration qui, depuis peu, serrait ses rangs à Coblentz autour du comte d'Artois, à Bruxelles autour de Monsieur, fut adjurée d'une façon aussi pressante qu'inutile de renoncer à tout projet d'attaque et à toute mesure violente, de rentrer dans la patrie, de permettre à la Constitution de vivre et d'écraser la démagogie.
Telle était la disposition des esprits, fruit chèrement acheté des expériences passées ; mais les actes n'y répondirent pas. Pour accomplir l'œuvre du salut, il y avait d'abord deux mesures à prendre : fermer les clubs et châtier les abus de la presse. On n'en
* Taine, La Révolution, II, T7-78. — Droz, Histoire de Louis XVI, 470, note.
* LéouzoQ Le Duc, Correspondance diplomatique du baron de Staël, 23i^ n» 226.