‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 231 sur 280 · CHAPITRE SEPTIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIEME

héros toujours chancelant du livre, il parait conscient du but et airermi en soi-même, indépendant, aimant et noble, non Thomme tel qu'il était, mais Tidéat qui aurait fait le bonheur de la femme qui 1* aimait, si la destinée l'avait réservée au bonheur.

Le contre-coup des expériences subies ne se trouve pas toutefois dans la peinture de Lebensei, mais dans celle de Léonce, doutTégoïsme sacrifie la femme qui a péché par excès d'amour envers lui, bien que cet amour ne fut pas aveugle. « Je me rappelle qu'avant d'avoir vu Léonce, la première fois que je lus une lettre de Ini, je sentis avec force que les différences de nos caractères nous rendraient, si nous nous aimions, profondément malheureux ...Ce que j'ignorais alors, c'est que le défaut même dont je me plains a je ne sais quel attrait qui donne à mon sentiment de nouvelles forces. Un caractère ombrageux et susceptible vous occupe sans cesse par la crainte de lui déplaire »-

La confession tardive avec laquelle Léonce se sépare d'elle : « Pourquoi t'affligerais-tu de ma perte ? ne vois-tu pas que nous avons flétri notre sentiment, que je t'ai offensée, que tu dois me haïr, que je déteste ma faiblesse, et que je ne puis en guérir ? » , cette confession se retrouvera plus tard dans Adolphe et enfin sur les lèvres de son auteur pendant l'agonie de M"* de SUêl.

Celle-ci trouva place dans son roman pour rendre hommage à son père, au moins en passant. La description de la danse du châle par laquelle Delphine, « avec un mélange d'indolence et de vivacité, de mé-

lancolie et de gaieté », enchante une société nombreuse, est une réminiscence de triomphes semblables de M*"* de Krûdener, dont le roman autobiographique de Valérie devait paraître cette même année. Plus sérieux est l'éloge consacré, sous le nom à peine modifié de M""* de Cerièbe, à l'excellente fille du grand naturaliste Albert de Haller, M"*' de Zeerleder ; * quant à Serbellane, les contemporains reconnurent en lui le duc Melzi. ' Une humiliation infligée à Delphine avait été subie par M"^ de Staël en personne. A 1 époque où s'accroissait l'irritation du Premier Consul à son égard, elle avait désiré se rencontrer avec lui. Une soirée chez M"* de Montesson fournit l'occasion souhaitée. Les dames de la nouvelle cour connaissaient les sentiments du maître, et,conformant leur attitude à la sienne, évitèrent si soigneusement M"" de Staël, que celle-ci se trouva bientôt isolée dans le salon. Au nombre des invitées était la veuve du jeune Custine, Delphine deSabran, qui, remarquant l'incident, alla vers M""' de Staël et passa avec elle le reste de la soirée. M'"^ de Staël n'oublia pas cette conduite délicate et donna le nom de Delphine au roman qui a conservé Tanecdote. * Delphine avait paru en novembre. Tout l'hiver le public s'occupa du rotnan, dont la valeur, ainsi que celle du genre littéraire tout en-

* Biographie de Haller, chap. VII, Paris, i845.

' Fauriel, Les dernières heures dti Consulaty 18, note. •

' A. Steve n s. Madame de Slaèl : A siudy of her Uf0 and

limes, I, 285, d'après des notes autographes du Genevois

Pictet de Sergy.

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