‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 232 sur 280 · CHAPITRE SEPTIEME 4q · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIEME 4q

tier auquel il appartient, consiste avant tout dans les impressions immédiates qu'il provoque.

Gomme tableau de la société, comme miroir de la vie, de la culture intellectuelle, de la civilisation de son tetnps, le roman est en effet inséparable du goût régnant, des situations qu'il reflète, des intérêts qui touchent les contemporains et qui, empruntés à la réalité, attendent, au sein de son monde idéal, la solution que leur refusent la défaveur des circonstances extérieures, les conflits de la réalité des principes ou du caractère. Sorti de lari^ion des fables et des légendes, des aventures et des histoires d'amour, et parvenu sur les hauteurs du problème psychologique, appelé à prendre part aux questions politiques, sociales et religieuses, le roman est devenu, dans la société moderne, une force que ne peut ignorer quiconque veut la comprendre et la pénétrer. Les comnjencements de son importance remontent aux jours où le sermon le plus éloquent du dix-huitième siècle, le seul auquel ce siècle prêta une oreille empressée, ne fut plus prêché du haut de la chaire, mais dans les pages détachées d'un livre sur l'éducation ; où un poète allemand, tout jeune encore, triomphant de la passion en même temps qu'il la décrivait, poussa la jeunesse au suicide par sa parole enflammée, où, par delà la Man-. che, Richardson remit la moralité à la mode, et où Fielding donna un si fidèle tableau des mœurs, des idées et des sentiments de son temps, que ses descriptions sont devenues des documents entre les mains cfe l'historien . *

* Taine, Histoire de la littérature anglaisby IV, liv. ÎU,

A partir de cette époque, la disposition d'esprit dana laquelle furent écrits et lus les romans célèbres du jour changea d'objet et de but, et l'intention première d'olTrir au lecteur une distraction agréable devint accessoire. Sous lesornements de la fantaisie on chercha désormais le dessein arrêté, et la jouissance du moment ne fut pas troublée par la pensée que la fable était contée dansVintérétde la morale,etles séductions de l'art empruntées à des tendances déterminées, Or,la tendance imputt^e k Delphine ressemblait à celle que l'on a reprochée aux Affinités électives de Goethe et contre laquelle M*"' de Staël, dans son premier écrit, avait défendu la Nouvelle Hélotse, En d«;pit de leur protestation, Rousseau et Goethe demeurèrent inculpés d'avoir porté atteinte à la sainteté du mariage, du moment où ils substituèrent un critérium tout personnel à la loi impérative du devoir. On éleva les mêmes objections contre Delphine, dans laquelle le seul mariage heureux, celui de Henri de Lebensei,est contracté avec une femme divorcée. L'auteur n'avait d'ailleurs pas voulu éluder le problème.

A peine Léonce, avec la précipitation de la jalousie, s'est-il enchaîné à W[athilde,qu'il écrit à Delphine que les lois de la société sont faites pour la majorité des hommes et pour les circonstances ordinaires, mais non pas en vue de ceux que dévore une passion terrible et qu'une destinée sans analogie a séparés l'un de l'autre. Celle qu'il aime lui répond d'unefaçon aussi touchante que vraie : « Que font nos douleurs à nos de-

chap. Vi, Lecky, f//«^or// o/'£n^/fl;i'i în Ihe XVlll century, chapitres sur la littérature.

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