CHAPITRE SEPTIÈME
crit l'espérance ; tandis que deux êtres qui se sont rencontrés dans un sentiment accompli devraient remercier tous les jours à genoux celui qui le leur a donné et trembler de perdre un bonheur assez grand pour sembler exclure tout droit aux compensations éternelles. Paroles éloquentes qui ont éveillé un écho dans bien des âmes dont ce bonheur fut le par« tage. *
En sa qualité de protestante, elle pouvait espérer une réparation ; dans le roman, Ilenri de Lebensei argumentait en sa faveur, et ainsi se déchatnait le débat que, sur d'autres points, M"* de Staël avait soigneusement cherché à éviter. Quand un de ses critiques et de ses admirateurs, Charles de Villers, indiqua les raisons qui l'avaient portée à ne toucher qu'en passant aux événements de la Révolution française, elle répondit qu'elle avait évité avant tout d'aborder la politique. ' Mais en 1803 tout rentrait dans la politique, le mariage comme le divorce. La façon arbitraire dont la législation révolutionnaire de la Législative et de la Convention avait traité la conclusion et la dissolution du mariage fut stigmatisée maintenant par la réaction comme un des coups les plus sensibles portés à la vie morale de la nation.' A peine Bonald provoqua-t-il une contradiction se-
^ Gaizot, Lettres à sa famille et à ses amis. Lettre à M»« A. de Gasparin, 1835.
' • M. Isler, Lettres posthumes de Charles de Villers. A. M°>< de Staël sur Delphine, 4 mai et 24 juin 1803, 277 el 285 ; M^* de Staël & Villers, Coppet, 3 Juin et 20 juillet 1803, 282, et 288.
* Granier de Gassagnac, Histoire du Directoire, l, p. 54 et
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rieuse quand, rappelant les expériences tragi-coiniques des dix dernières années, pendant lesquelles la débauche et Tavidité avaient déshonoré le lien conjugal, il demanda au gouvemeinent de supprimer le divorce, de contraindre les hommes au devoir, et de faire ainsi oublier à l'Europe l'exemple donné par la France.
Une nouvelle complication vint aggraver la question. Lucien Bonaparte, alors ambassadeur de France à Madrid, fut le premier, paraît-il, à toucher dans ses dépèches à cette possibilité du divorce, ^ qui,à la terreur de Joséphine, commençait à occuper les esprits dans Tentourage du Premier Consul et à leur faire concevoir l'espoir d'une alliance avec une infante d'Espagne ou avec une princesse allemande. Napoléon lui-même était agité par des sentiments très contradictoires, mais l'inclination pour Joséphine dominait encore et le porta peu après à demander, à la veille du couronnement, la sanction de TÉglise pour cette union restée sans enfants et si contraire, par conséquent, aux intérêts de la nouvelle dynastie.* Tout ce qui mettait en question ses liens avec Joséphine l'affectait donc d'une façon sinon pénible, du moins désagréable. Ce fut cet enchaînement de circonstances qui plaça le Premier Consul à la tête des
sqq. — * Sybel, HistoirCy de VEurope pendant la Révolution française y IV, p. 8 et sqq.
* Th. Jung, Lucien Bonaparte et ses Mémoires, II, 67 et 206. — Miot de Melito, Mémoires, I, 316.
* Jung, Lucien Bonaparte et ses Mémoires, II, 67 et 206. — Miot de Melito, Mémoires, l et II, 52 et 113.