‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 237 sur 280 · CHAPITRE SEPTIÈME 5o · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME 5o

qui, née de conflits intérieurs, ne pouvait dissimuler les traces de sou origine. 11 indique le prix payé par l'éditeur pour le manuscrit : 16.000 livres. * La Revue d'Edimbourg condamna l'ouvrage, * mais miss Berry et avec elle beaucoup de gens de goût reconnurent que le premier but du roman, celui de tenir les lecteurs en haleine, était atteint par celui-ci, et que la plus fine observation du cœur humain s'y trouvait unie au tableau d'un état social corrompu. ^ En Allemagne, Jacobi jugea que les personnages égoïstes du livre étaient peints de main de maître ; quant aux autres, ils manquaient de vérité, mais le tout formait un trésor d'observations profondes et sagaces. Jean-Paul Richter crut formuler un éloge en disant, après la lecture de Delphine^ que si l'on en faisait un bon résumé, les Allemandes posséderaient par là même leur institutrice par excellence. * A Weimar, la princesse Caroline et Henriette de Knebel lurent Delphine avec ravissement, et Knebel répondait à sa sœur qu'aucune femme encore n'avait écrit avec plus d'esprit. ^ Varnhagen ne put y goûter une vraie jouissance, • tandis que Caroline de Wolzogen fit ressortir les motifs psychologiques de l'ac-

^ * Bonstetten, Lettres à Friderike Brun, publiées par MatthissoD, I, 137 et 169.

' Edinburgh Revieiv, mai 1803.

• Miss Berry, Journal and Correspondence, II, 233.

♦ * Annales gœthiennes, 1880, 330. J. P. Frédéric Richter à Bôttiger, Meinîngen, 18 mars 1802.

* * H. Dûntzer, Correspondance de Knebel avec sa sosur Henriette, i62-iQ3.

• * Varnhagen von Ense, Mémoires, VI, 136-140,

tion/ et que Guillaume de Humboldt critiqua avec réserve la teinte trop superficielle du livre. * Talleyrand, interpellé sur certains traits du caractère de M"* de Vernon, se tira d^affàire par un bon mot : « On m'a dit qu'un livre de M"*' de Staël nous représentait, elle et moi, déguisés en femmes ». ' Restait Chateaubriand. A la fin d'un article sur Bonald, il déplore la tentative d'attribuer les impulsions les plus nobles du cœur à l'influence des idées philosophiques plutôt qu'à celles de la religion. « M"' de Staël elle-même » , dit-il, « dans la préface d'un roman, veut bien nous accorder quelque chose, et convenir que les idées religieuses sont favorables au développement du génie ; cependant elle semble avoir écrit son livre pour combattre ces mêmes idées et pour prouver qu'il n'y a rien de plus sec que le christianisme, et de plus tendre que la philosophie. A-t-elle atteint ou manqué son but ? c'est au public à prononcer. iMais du moins elle a donné de nouvelles preuves d'un esprit distingué et d'une imagination brillante ; et quoiqu'elle essaie de faire valoir des opinions qui glacent et dessèchent le cœur, on sent percer dans tout son ouvrage cette bonté que les systèmes philosophiques n'ont pu altérer, et cette générosité que les malheureux n'ont jamais réclamée en vain » . * M"^' de Staël justifia cet éloge et se vengea à sa

* * Caroline de Wolzogen, Œuvres posthumes. ■ * W. Humboldt, Lettres à une amie, II, 175. ' Sir James Mackintosh, Mémoires, II, 5.

* Chateaubriand, Œuvres, XVIII, 144, note.

Page 1