‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 240 sur 280 · CHAPITRE SEPTIÈME boy · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME boy

tien de l'indépeDdance cantonale et des traditions nationales et comptait pour cela sur le secours de rétranger,la Suisse avait traversé en quelques années cinq ou six révolutions qui lui coûtèrent pour longtemps son bien-être et sa prospérité. Pour des raisons militaires, le Valais fut détaché de la Suisse et placé sous le protectorat français ; en dépit des engagements pris àLunéville, les troupes françaises, au lieu de se retirer,demeurèrent sur le territoire helvétique jusqu'à l'automne de 1802. Sous leur influence, la Révolution du 17 avril de cette même année porta le parti unitaire au pouvoir et alluma la guerre civile ; les régiments français à peine disparus rebroussèrent chemin immédiatement, et l'on fit appel à l'intervention du Premier Consul. Les circonstances ne lui permirent pas d'établir, comme il l'aurait désiré, une République helvétique sur le modèle de la République cisalpine. Il employa donc son influence à maintenir la souveraineté cantonale en supprimant tous les privilèges, et, en même temps que cet acte de médiation, il conclut une alliance défensive entre la France et la Suisse. La Constitution décrétée le 19 février 1803 fut trouvée par Bonstetten, entre autres, « si excellente et si profondément méditée »,qu'en 1824 encore il considérait son rétablissement comme un bonheur pour sa patrie ; lui aussi, il avait un faible pour Napoléon et voulait se rendre à Paris afin de « se guérir de cet amour ridicule ».* Un regard jeté sur ce qui se passait aux frontières de son pays aurait pu lui

* * Bonstotten. Lettres à Friderike Brun, II, 169 et 285. — ' Karl Morell, K. V. de Bonstetten, 151.

suffire pour cela. Le Piémont, partagé en six départements, était réuni à la France. Il en fut de même de File d'Elbe, et le Premier Consul se réservait de disposer de Parme.

Depuis la publication, en 1802, de l'écrit de Camille Jordan sur le Comulat à vie^ M"' de Staël se sentait dans un accord complet avec lui sur to6s ces événements politiques. Elle lui écrivait de Coppet au sujet de cette brochure ; « 11 n'y a pas ici un être pensant qui vous ait lu sans en être enchanté ; il y a des morceaux que je sais par cœur et que je déclame si bien, qu'il faudra que vous me les entendiez réciter. Je n'ai rien lu qui ait été plus au fond de mon âme. Je ne me suis livrée à rien avec un sentiment aussi complet. J'avais une bague de me^ cheveux qui a appartenu au pauvre M. de St. (Staël), je voulais vous renvoyer ; mais vous me paraissez si engoué des cheveux blonds de M"* de Krudener, que j'ai été timide sur mes cheveux noirs, et ils restent là jusqu'à ce que nous nous revoyions ». Elle envoya l'écrit de Camille Jordan à Meister en faisant remarquer à celui-ci qu'il le trouverait bon républicain, mais que le Consul, qui craignait moins les royalistes que les républicains, voulait cette fois qu'on en crût les royalistes responsables. * En septembre 1802 elle proposa à Camille Jordan de se rendre avec elle et quelques amis de Genève en Italie, pour y voir « Rome, Florence et le printemps » . Camille Jordan, elle le savait, n'était pas riche; elle lui fit entendre avec délicatesse qu'elle avait

> M"« de Staël à Meister, 4 août (4802.) Lettres inédites en la possession de M. le D' Th. Reinhart.

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