‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 245 sur 280 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

dit, avec celle de Bonaparte . Il avait soixante ans et était arrivé au moment décisif pour lui où, suivant Sainte-Beuve, il commença à redevenir jeune. La crise s'annonça par une maladie des plus graves : il écrivit à M"' Brun que sans les soins de Neckeret de sa fille il n'en serait pas revenu. Une fois guéri, il se décida, sur les instances de M"" de Staël, à donner une version française de son livre sur le Latium. Matihisson, étant venu sur ces entrefaites le voir à Genève, il s'enferma avec lui dans sa chambre, l'embrassa jusqu'à FétouiTer, et lui jura Tamitié la plus sacrée. Dans un livre postérieur. Recherches sur l'Imagination, il tenta de compléter l'Essai sur les Fietions de M™** de Staël. A plus de soixante-dix ans, il sautait encore d'une fenêtre de rez-de-chaussée dans un jardin pour échapper à un importun, et à quatrevingts il valsait dans son appartement avec Zschokke, un jour que celui-ci était venu le surprendre. Après la mort de sa femme, en 1805, il offrit sans succès sa main à la mère de Sismondi, qui vivait heureuse avec son fils, et il s'enthousiasmait pour la création de Pestalozzi à Yverdun, qu'il nommait sans songer àmal« une véritable fabrique d'éducation* ». Tel était l'homme qui dans sa. jeunesse avait vu de près Rousseau, avait reçu à Ferney Thospitalité de Voltaire, et vécut ^assez pour applaudir Hemani et la Révolution de 1830. M"* de Staël pouvait lui dire : « Croyez-moi, de l'esprit et de la grâce comme vous,

^ * BoDs>tetteQ, Souvenirs, à la suite des lettres à Matthis- SOD ; voir en outre ses biographies par Morell et Steinlen. — Sainte-Beuve, Causeries du Lundi, XIX, 417.

je n*en connais pas d'exemple » . Bonstetten lui rendit ce que sa nature superficielle pouvait donner, sentit à sa façon la valeur de son amitié, et resta une des meilleures sources d'information sur la vie de Coppet, qui fut une partie de la sienne.

Fridérike Brun, elle aussi, passa l'hiver de 1802 à (lenëve, dont les beautés natui-elles, depuis la Dent du Midi jusqu'à cr la vache merveilleuse qui donnait soixante-quatre litres de lait en vingt-quatre heures », éveillèrent son enthousiaste admiration, tandis qu'une promenade en barque sur le rivage de Meilleraie la faisait songer alternativement à Julie, aux chœurs funèbres de Sophocle, et à un célèbre plat de poissons qu'on apprêtait là et dont elle donne la recette. Elle décrit sa visite à Coppet, le débarquement sous les ormes magnifiques par une belle matinée ensoleillée, qu'elle salua par ces mots de Renaud dans la Jérusalem délivrée :

Cou gli occhi alzati contemplando intorno Quinci nolturDe, e quindi maltutiDe Beliezze, incorruttibili e divine I

Sur quoi M"* de Staèl la fit mettre au lit et ne l'éveilla qu'en plein jour. *

Tandis que M"* Brun se liait avec les Genevois — les Pictet, les Huber, la miniaturiste M'*« Rath et les différents médecins qui la traitaient — M"* de Staèl vivait de préférence parmi les Anglais. Ceux-ci ne

* * Frîderike Brun, Episodes de voyages à travers l'Allé» magne du Sud, la Suisse occidentale, Genève et l'Italie^ I, 267, 275-278.

Page 1