CHAPITRE SEPTIÈME
faisaient Jamais complètement défaut à Genève, et il y avait parmi eux des noms célèbres. Dans les vues politiques et les habitudes sociales de ceux-ci, M"' de Staël trouvait le contrepoids des préoccupations de plus en plus sérieuses qv* éveillait chez elle la situation de la France. Quand, à la reprise des hostilités entre les deux Etats, le bruit se répandit que tous les voyageurs anglais seraient arrêtée en France, elle le rejeta comme une absurdité impossible, attentatoire au droit des gens, et elle dut s'accuser d'avoir retenu ainsi ses amis jusqu'au dernier moment et de les avoir mis en péril.
Si nécessaires intellectuellement que fussent à M"** de Staël ces relations sociales, elles ne formaient plus le centre de gravité de sa vie. Elle était désormais seule responsable de l'avenir de trois enfants, dont un garçon de treize ans, et prenait son devoir au sérieux. « Je suis ici dans une parfaite solitude », écrivait-elle alors de Coppet à Fauriel ; « car ceux qui la troublent m'importunent, et je les écarte volontiers. Je m'occupe de mon père, de Téducation de mes enfants ». * Chaque jour, quelles que fussent ses occupations, elle instruisait elle-même ses enfants ; elle leur imposait une obéissance sévère, mais elle voulait imprimer à tous ses rapports avec eux le cachet de la vérité et de la simplicité, « leur montrer la vie telle qu'elle était, sans recourir à des mensonges ou à des subterfuges ». Elle-même ne se peignait pas à eux sans défauts, mais attirait au contraire leur
* Sainte-Beuve, Portraits contemporains y IV: Fauriel, M*»* de Stoêi à Fauriel, Coppet, 1803.
attention sur les faiblesses dont Tiniluence nuisible avait pesé sur sa propre existence et dont son exemple devait préserver les autres. La femme qui ne trouva jamais dans la gloire, quand elle lui échut en partage, qu'un pauvre et insignifiant dédommagement, n'hésitait pas à avouer à sa fille que la vivacité de ses sentiments et de ses opinions l'avait mise aux prises avec des difficultés et des dangers auxquels elle n'était parvenue à échapper que grâce à ses dispositions particulières ; que sa participation trop ardente à la politique, tout spécialement, avait déchaîné contre elle des sentiments de haine qui empoisonnaient sa vie et l'auraient menacée, s'il ne lui avait pas été accordé de pouvoir jeter dans la balance le poids de tant de services rendus. Elle s'efforçait de mettre sa fille à l'abri 'des excès de Timagination et des séductions du talent, d'en faire une personne toute différente de ce qu'elle était ellemême : « Les échos m'ennuient » , disait-elle ; « j'ai assez de moi en moi, et je veux qu'on me renvoie autre chose que ma voix ». Jeune de sentiment et ardente jusqu'à la fin, elle était naturellement sympathique à la jeunesse et celle-ci était toujours pour elle la bienvenue. Elle fut Tunique institutrice de sa fille ; ne pouvant agir de même à l'égard de ses fils, elle chercha à réunir pour eux les avantages de l'éducation domestique à ceux de l'éducation publique. Aussi, quand elle était absente de Coppet, les envoyait-elle le plus souvent à l'école à Genève, et ce fut une des préoccupations de sa vie de mère de leur trouver un précepteur. Elle en demanda inuti-