‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 247 sur 280 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

lement un à Meister pendant des années ; puis, en 4802, elle s'adressa à cet effet à l'Alsacien GeofTroi Schweighœuser, chef de la famille d'érudits de ce nom, qui était très lié avec la veuve du prince Victor de Broglie, devenue M"" de Roger d'Ârgenson, et par laquelle il fut présenté à Paris à M"* de Staël.

Elle désirait trouver quelqu'un, écrivait-elle au savant philologue, qui voulut entrer en relations d'amitié avec elle et sa famille, l'accompagner avec ses enfants dans ses voyages, et se résigner à la solitude un peu monotone de Coppet. Elle s'adressa plus tard dans la même intention, par l'intermédiaire d'un ami commun, à Caroline de Wolzogen, en la priant de faire appel à la bonne volonté de Schiller.

Les négociations n'aboutirent pas alors ; mais le jeune Schweighœuser devint plus tard précepteur du futur gendre de M"' de Staèl, Victor de Broglie. Elle songeait à envoyer son fils achever son éducation à Edimbourg, quand le projet de débarquement en Angleterre du Premier Consul la força à renoncer à son dessein. ' Mais ce qu'elle n'abandonnait à personne, même à l'égard de ses ûls, ce fut le soin de former leur caractère, de développer chez eux le sentiment du devoir, « Fart de la vie », qui lui paraissait plus difûcile et plus nécessaire que tous les autres. Elle ne se lassait jamais de leur répéter que presque chacune de nos épreuves est en rapport avec

* Rabany, Les Schweighœuser, 30. M™» de Staël à G. Schweighœuser, 1808. — * Caroline de Wolzogen, Œuvres posthumes, If, 277. — • M. Isler, Lettres à Chartes de Vilters. M<"« de Staël à Villers, Coppet, 3 jain 1803.

quelqu'une de nos fautes, que rien en définitive ne peut soutenir Tàme humaine, sinon la confiance en une puissance plus haute et l'accoinplissement cons- .ciencieux du devoir.

Personne mieux que sa fiUe n'était en état de dire ce que M"' de Siael a été pour les siens. Elle Ta fait dans une lettre à M"* Necker de Saussure, que celle-ci à publiée.

a Ma mère attachoit une grande importance à notre bonheur dans l'enfance, et prenoit une part sensible aux chagrins de notre âge. Elle avoit quelquefois des conversations d'égal h égal avec moi à l'âge de douze ans, et rien ne peut donner une idée de la joie qu'on éprouvoit quand on avoit passé une demi-heure d'intimité avec elle. On sentoit une vie nouvelle, on étoit placé plus haut, et cela donnoit du courage pour toutes les études.

« Ses enfants l'ont toujours passionnément aimée. Dès l'âge de cinq ou six ans nous nous disputions pour savoir celui de nous qui l'aiinoit le plus, et quand elle causoit tête à tète avec un de nous, c'étoit une récompense dont nous étions vivement jaloux. On étoit heureux de cœur et d'amour-propre auprès d'elle.

(( Le dimanche, elle lisoit toujours avec nous les sermons de mon grand-père ; elle n'a jamais voulu avoir de gouvernante pour moi, et elle m'a donné des leçons tous les jours dans ses plus grands cha. grins. Le développement de notre esprit étoit une jouissance si vive pour elle, qu'il n' étoit aucune ré-

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