CHAPITRE SEPTIÈME
compense qiii put valoir pour nous le spectacle du bonheur qu'on lui donnoit.
(( Elle s'est mise le plus tôt possible en relation d*égalité avec ses enfants, et leur a dit noo seulement qu'elle avoit besoin d'eux par le cœur,. mais même qu'ils pouvoient lui prêter une sorte d'appui. Dans ses chagrins d'exil, elle les consultoit souvent. Je lui ai entendu dire à Auguste : o J'ai besoin de ton approbation » . Elle me parloit de ma vie future et de tous ses projets sur moi avec une franchise parfaite.
(( Dans de certaines circonstances elle auroit remarqué qu'un de ses enfants avoit été supérieur à elle en courage ou en décision ; elle auroit témoigné du respect pour son caractère, et cependant on ne cessoit jamais de la respecter, elle, et ce respect étoit toujours mêlé d'une sorte de crainte. Quoiqu'elle montrât la plus grande confiance, du moment qu'elle rentroit dans l'éducation, elle imposoit.
a Elle poussoit fort loin le scrupule à notre égard, se reprochant même nos défauts, et nous disant : « Si vous aviez des torts, non seulement j'en serois malheureuse, mais j'en aurois des remords » . Quand elle nous blàmoit en disant: « C'est ma faute, je n'ai pas pu supporter l'exil, je ne vous ai pas donné l'exemple du courage et de la résignation», cela étoit déchirant. Kien ne pourra jamais donner l'idée de l'impression produite par ce mélange de dignité et de confiance, d'émotion et de réserve, qu'il y avoit dans sa manière vis-à-vis de ses enfants. Ces paroles qu'elle prononçoit avec des larmes contenues
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sont gravées dans leur âme, et Tidëe de la souffrance qu ils lui auroient causée en se conduisant mal, ridée des reproches qu'elle se seroit faits à elle même, est une des barrières les plus fortes pour les retenir dans le bien.
« Personne n'a jamais eu plus qu'elle de dignité naturelle, et c'est ce qui lui a permis d'admettre ses enfants à la familiarité la plus intime, de leur inspirer même parfois de la pitié pour ses chagrins, sans qu'ils aient cessé de la révérer. Jamais une mère n'a été plus confiante et plus imposante à la fois ». *
11 n'y a rien à ajouter à un tel témoignage, car celle de laquelle il émane a été un ornement de son sexe et le meilleur argument en faveur de la méthode d'éducation de sa mère.
Pourtant, M"* Necker de Saussure relève encore un trait particulier de l'amour maternel de M*** de Staël, en notant que, contrairement à sa manière d'être habituelle, elle se fit une loi d'en modérer l'expression. Elle n'était pas seulement persuadée qu'il faut tenir les enfants à l'abri des sentiments passionnés, mais elle voulait encore leur épargner les torts que sous plus d'un rapport elle avait eus ellemême envers sa mère, et ce qu'un trop grand attachement pour son père lui avait fait souffrir. Avec les années, un autre sentiment vint s'ajouter à celui-là: c< Je ne sais pourquoi je dis moins à Auguste que Je n'éprouve », écrivait-elle à sa cousine ; « il y aune
* M»« Necker de Saussure, Notice sur le caractère et les écrits de .W •"« de Slaél.