‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 251 sur 280 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

remarques imprévoyaotes ^ Elle alla donc faire un court séjour chez M"" Récamier, à Saint-Brice, tout près de Mafliers, d*où elle voulait se rendre de temps en temps à Paris, à dix lieues de là, pour y voir ses amis et aller au théâtre. Elle ignorait que dès le mois de février le seul bruit de sa présence à Melun avait fidt naître une correspondance de sept numéros entre le Premier Consul, le général Moncey, inspecteur de la gendarmerie, le ministre de la justice et le préfet de police, correspondance où étaient prises toutes les mesures relatives à son expulsion immédiate, à cause de son goût pour les intrigues.

Mais on lui laissait le choix entre le retour en Suisse oa un séjour en Suède. « Le gouvernement ne veut pas que cette étrangère reste en France », écrivait Fouché à Moncey. ' Or, il y avait à peine quatre semaines qu'elle était arrivée à Mafliers, quandune dame qui n'est pas nommée dans Dix années <texil, mais qui n'est autre que M"' de Genlis, ^ raconta au Premier Consul, en causant avec lui, que la grande route qui y conduisait était remplie de gens qui allaient chez M"*^ de Staël. Quelques jours plus tard, celle-ci reçut l'avis confidentiel de se tenir sur ses gardes, car son expulsion était imminente. Il était temps. Le Premier Consul, en effet, avait déjà écrit au président de la

^ Du Casse, Mémoires du roi Joseph^ X, 421. Matthieu de Montmorency à Joseph, 19 août 1803.

' Welschinger, La censure sous le premier Empire^ 327-

• M™» de Staël, Dix années d'exil. — Welschinger, La censure sous le premier Empire, 167, note. — Savary, Mé^ moires. V.

haute cour qu'il était informé de ]a présence de M"^ de Staël dans les environs de Paris ; qu'il fallait lui intimer l'ordre de quitter la France dans les vingt-quatre heures et tenir la main à l'exécution ponctueUe de cet ordre, « le tout sans scandale » . Le mot « scandale » était biffé et remplacé par « éclat ». ^

M"* de Staël restait sans défense. Ce que valaient les amis dans la détresse, Talleyrand d'abord le lui avait appris. Ce fut maintenant le tour de Fouchéqui, lui aussi, la qualifiait « d'étrangère » et lui donna sans hésiter le coup de grâce. Ceux qui pensaient comme elle, Camille Jordan, Benjamin Constant, étaient plus compromis qu'elle-même. Elle n'était pas naturellement courageuse : a J'ai de la hardiesse dans l'imagination », disait-elle, « mais de la timidité dans le caractère, et tous les dangers et périls se présentent à moi comme des fantômes ». Cette fois, les motifs les plus sérieux la confirmaient dans la crainte qu'un bannissement prononcé contre elle dans de telles circonstances durerait longtemps, sinon toujours. Dans cette disposition d*esprit, elle suivit le conseil que lui donna Regnault de Saint- Jean d'Angély de demander d'abord asile à une amie de celui-ci, M""^ de La Tour, qui possédait une campagne aux environs de Mafliers. Elle connaissait à peine cette dame, dont on vantait Tintelligence et Tamabilité, et il lui fallait, pour ne pas trahir sa situation^ dissimuler devant la nombreuse société qui se rassemblait chez elle l'angoisse qui la torturait. Quand la nuit commençait à venir, elle al-

« Miot de Melito, Mémoires, II, 118.

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