‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 252 sur 280 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

lait écouter à la fenêtre avec sa femme de chambre, si elle n^entendait point venir les gendarmes. Elle avait déjà écrit à Joseph Bonaparte et à Lucien, qui en ce temps-là, d'ûlleurs, étaient mal avec leur redoutable aine» Lucien à cause de son second mariage, Joseph parce qu'il avait refusé la dignité de chance* lier, — lorsque M"* Récamier lui offrit en termes pressants un asile à Saint-Brice.

De là, M""* de Staël adressa la lettre suivante s^u Premier Consul :

« Je vivûs en paix à Mafliers sur l'assurance que vous aviez bien voulu me faire donner que j*y pourrais rester, lorsqu'on est venu me dire que des gen> darmes devaient m'y prendre avec mes deux enfants. Citoyen Consul, je ne puis le croire ; vous me donneriez ainsi une cruelle illustration, j'aurais une ligne dans votre histoire.

Œ Vous perceriez le cœur de mon respectable père, qui voudrait, j*en suis sûre, malgré son âge, vous demander quel crime j'ai commis, quel crime a commis sa famille pour éprouver un si barbare traitement Si vous voulez que je quitte la France, faites -moi donner un passeport pour l'Allemagne et accordez-moi huit jours à Paris, pour avoir de l'argent pour mon voyage et faire voir un médecin à ma ûlle, âgée de six ans, que la route a fatiguée.

« Dans aucun pays de la terre, une telle demande ne serait refusée.

«Citoyen Consul, il n'est pas devons le mouvement qui vous porte à persécuter une femme et deux

enfants ; il est impossible qu'un héros ne soit pas le protecteur de la faiblesse. Je vous en conjure encore une fois^ faites-moi la grâce entière, laissez-moi vivre en paix dans la maison de mon père,à Saint Ouen; elle est assez près de Paris pour que mon fils puisse suivre^ lorsque le temps en sera venu, les cours de l'Ecole Polytechnique, et assez loin pour que je n'y tienne pas de maison.

<c Je m'en irai au printemps, quand la saison rendra le voyage possible pour des enfants.

a Enfm, citoyen Consul, réfléchissez un moment avant de causer une grande douleur à une personne sans défense ; vous pouvez par un acte de simple justice m'inspirer une reconnaissance plus vraie, plus durable, que beaucoup de faveurs peut-être ne vous vaudront pas ».

Il n'est fait dans Dix années dexil aucune mention de cette lettre, mais l'auteur y parle de l'intervention en sa faveur de Joseph et de Lucien auprès de leur frère. Pendant quelques jours d'un calme trompeur on put espérer à Saint-Brice que cette intervention avait été couronnée de succès. *

M""' de Staël y vivait heureuse au milieu d'une société sympathique ; elle lisait avec une profonde émotion la défense que James Mackintosh, nommé juge à Bombay, avait prononcée un peu avant son départ d'Angleterre en faveur dePeltier, qui devait être extradé pour avoir écrit un libelle contre le Premier

' L'Auteur des souvenirs de M™« Récamier, Coppei et Weimar ; M»« de Staël et la grande-duchesse Louise^ 28-30.

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