‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 256 sur 280 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

elle le désirait ; plus tard on verrait. M"** Récamier se prépaiait à porter en hâte cette information à son amie, quand elle apprit que celle-ci, en proie à la douleur et aux larmes, était déjà en route pour Châlons. L' « étonnante conversation » de Benjamin Constant réussit enfin à amener une réaction dans son système nerveux surexcité, et elle trouva la force de poursuivre, avec plus de calme, sa route jusqu'à Metz.

Sa résolution était prise. Elle allait en Allemagne, et d'abord à Weimar.

Arrivés à ce point, il nous importe de savoir quels étaient les motifs d'un ordre intellectuel qui poussaient M"' de Staël à se rendre en Allemagne, et ce ([ue cette France dans laquelle elle avait grandi savait alors de ce monde d'outre- Rhin.

Bien que du commencement du dix-septième siècle au milieu du dix-huitième ce fût le génie français ([ui exerçât sur l'Allemagne une action décisive, les deux pays n'ont jamais cessé complètement d'agir l'un sur l'autre, et l'histoire de l'influence de la civilisation allemande sur la France a été racontée tout récemment encore par différents écrivains. * Mais tandis que le goût français, la culture et la littérature françaises façonnèrent en Allemagne de nombreuses

* * 0. Weddlgen, Histoire de V action exercée par la littérature allemande, 81. — * Th.Sûpfle, Histoire de l'influence de la civilisation allemande sur la France depuis les premiers temps germaniques jusqu'à Klopstock, I, (ouvrage inachevé). — * Breitinger, Les importateurs de l'esprit allemand en France. — * Borinski, La poétique de la Renaissance,

générations, ce n'est qu'à partir de la seconde moitié du dix-huitième siècle et depuis que les écrivains allemands rencontrèrent en France une attention qui ne brillait pas d'ailleurs par le discernement. Le plus populaire d'entre eux fut Gessner ; puis vinrent Haller et Ramier. D'Holbach traduisit la Louise de Yoss ; Friedel, que nous avons déjà nommé, donna en français dix volmnes de pièces dramatiques allemandes ; l'ami de Schiller, Huber, publia un choix de poésies en quatre volumes. ^ La Gazette littéraire^ le Journal étranger et la Correspondance de Grimm contribuèrent de leur côté à répandre un peu plus de lumière sur l'Allemagne. Ces deux dernières publications présentèrent Ramier au public parisien comme le Jean-Raptiste Rousseau allemand et célébrèrent le génie de Lessing. ' En 1765, Grimm enregistrait que Miss Sarah Sampson avait été donnée sur le théâtre d'amateurs du duc d'Ayen^ et que sa fille, M*^* de Tessé, avait charmé tout le monde dans le rôle de Sarah. Dorât traduisit, en 1769, diverses pièces de Wieland et vanta les Allemands aux dépens des Anglais. Mais huit ans plus tard, en 1777, la Correspondance se plaint que le goût pour la poésie allemande, qui s'était éveillé quelques dizaines d'années auparavant, semblait de nouveau disparu, que KIop-

* Huber, Choix de poésies allemandes^ 1766, 4 vol. în-12. — Alfred Michiels, Histoire des idées littéraires en France^ I, 331. — * firauQ, Gœthe jugé par ses contemporains^ I, 400-403.

* Journal étranger, 1761. — Grimm, Correspondance littéraire, XI, 423, VI, 140, 141.

Page 1