‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 257 sur 280 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

Stock n'était plus guère connu en France que de nom, et que le seul Turgot le lisait encore. Nous savons que ce dernier faisait mieux que le lire, et qu'après avoir traduit le premier livre des Idylles de fiessner, il avait commencera mettre en français la Messiade. Le même dessein occupa Tabbé Delille, qui échoua par suite de son ignorance de la langue allemande. Klopstock s'en consola facilement en se rappelant le sort de V Enéide traduite par l'aimable abbé. ^

Mais désormais le fil ne se rompit plus entièrement. Marie-Josepb Chénier arrangea ou imita Nathan le Sage^ Do7i Carlos^ Hermann et Thusnelda ; " Adrien de Lezay traduisit en 1799 Do?i Carlos ; * Legouvé adapta en 1792 à la scène la Mort d'Abelde Gessner. Le nom de Gœthe fut porté à la connaissance des Français en 1774, année de la représentation de Clavigo^ pièce qui se recommandait à eux par le sujet emprunté aux Mémoires de Beaumarchais, msds qui d'ailleurs attira peu Tattention, la même donnée ayant déjà été traitée dans une tragédie française. * C'est Werther qui commença à faire sensation ; après un mélodrame donné en 1775 sous le titre: Les malheurs de C amour ^ on vit paraître Tannée suivante les deux premières traductions de

* * M. Isler, Lettres postliumes de Charles de Villers, 203. Klopstock à Villers, Hambourg, 19 octobre 1799.

* Marie- Joseph Chénier, Œuvres^ Paris, 1824.

* Rœderer, Œuvres, VIII, 656. — Journal de la littérature en France^ an Vif.

* • Sùpfle, Influence littéraire de Genève sur la France. Annales gœthiennes, 1887, 205-207.

ce roman, bientôt suivies de beaucoup d'autres. * A partir du 2 février 1792» il fut assez souvent donné au Théâtre-Italien sous le nom de Charlotte et Werther^ et le Moniteur^ rendant compte de la première représentation, put écrire : « Tout le monde connadt le roman de Goethe ». Ces premières traductions et imitations amenèrent en France toute une littérature werthérienne, qui laissa une trace passagère dans la mode féminine par les chapeaux a à la Charlotte » et une trace durable dans la langue par le mot <( werthérisme».' Ensuite vint Stella^ traduite par Dubuisson, qui dès 1791 fit son appariiion sur le Théâtre de Louvois. Le Musarion de Wieland, traduit pour la première fois en 1769, fut suivi en 1784, 1799 et 1800, de versions de VObéron du même auteur. Quant à Lessing, la plus ancienne feuille scientifique de la France, le Journal des Savants, se bornait à un article de d'Antelmy (1764) sur le caractère de ses fables et de ses dissertations. ' Sa Dramaturyie parut relativement tard, en 1795. Le Laocoon fut donné en 1802 par Vanderbourg, qui fit égale ment passer en français le Valdemar de Jacobi.

Un article du Moniteur^ en date du 12 février 1792, présenta pour la première fois au public français,

* La Happe, Correspondance litlérairey II, 191. — * BruuD, Gœthe jugé par ses contemporains, II, 126, 236, 366

2 * Karl Hillebrand, La maladie werthérienne en Europe. Peuples, époques et hommes, Vil, 102.

8 * 0. Weddigen, Histoire de Vaction exercée par ta littérature allemande, 83. — * H. Doberenz, La Marteliêre et ton adaptation des drames de Schiller sur les théâtres de la Réoolution française, 1883, 4-5.

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