CHAPITRE SEPTIÈME
pouvait, ajoutait-il, en dire autant de \ Alfred du même auteur, ce livre étaut trop long. On serait tenté de croire que l'ouvrage ainsi critiqué n'existait que dans son imagination, ou que, peut-être, il le confondait avec le poème en prose de Haller paru sous le même titre. * 11 n'en était rien. V Alfred en question était tout simplement le Wilhelm Meister^ que son traducteur, Sevelinges (1802), n'avait pas cru pouvoir appeler d*un nom qu'il jugeait ne point convenir à un héros français*
Le livre de M""' de Staël sur r\llemagne avait paru, quand Suard, qui avait été dans le pays, mais sans aucun profit pour lui^ exprima cet avis: « Quant à la philosophie do Kant et de ses disciples, j*ai regret au temps et au talent que M'^*' de Staël a perdus à l'expliquer et à l'adorer ».
On accueillit comme une découverte, en 1755, la publication par l'ex-jésuite Deleyre d'une analyse de Bacon, qui depuis 1799, d'ailleurs, fut en France Tobjet d*une assez sérieuse attention, ^ tandis que le « sage Locke » était un de ces clichés littéraires qui n'obligeaient personne à le lire. '
Justement sur le terrain spéculatif, d'où dev^t partir rélan,grâce à l'étude de la philosophie écossaise inaugurée par La Romiguière et Royer-CoUard, le
• Jules Simon, Vne Académie sous le Directoire, 198 et
• • Albert de Haller, Alfred, roi des Anglo-Saxons 1773 (traduit en Français deux ans plus tard.)
• L'abbé Emery, Le christianisme de Bacon, 1799. — Lasalle, Œuvres de Bacon, 1800-1803. — De Luce, Précis de lu philosophie de Bacon, 1801.
livre de Gerando sur Y Histoire des systèmes philosophiques^ publié en 1804, se bornait à quelques généralités sans valeur sur les Allemands et à une polémique contre Kant ; de son côté Destutt de Tracy, le chef véritable de la nouvelle école philosophique fran(}aise, qui continuait à procéder de Goiidillac, qualifiait le philosophe de Kœnigsberg de fondateur d'une secte, car, ajoutait-il, « il y a des sectes en Allemagne, comme il y en avait chez les anciens. On professe la doctrine philosophique de Kant, comme on professe la doctrine de Jésus, de Mahomet ou de Brahma ».
Mais il ne pouvait lire Kant parce qu'il ne savait pas l'allemand ; il ne Tavait lu qu'en latin, mais il aima mieux s'en référer à un ouvrage intitulé : Essai cCnne exposition succincte de la doctrine de la raison pure, publié par le Hollandais Kinker dans sa langue, et qu'un certain Lefëvre avait traduit en français. « Peu importe », s'écriait de Tracy, « que je réfute Kant ou Kinker, si je réfute une erreur accréditée » . *
Comment il le faisait, c'est ce que ce disciple, critique et continuateur de Gondillac, nous fait connaître dans le résumé suivant : v J'ai démontré que la doctrine de Kant nous présente une décomposition iocomplëte et fausse de notre faculté de penser ; qu'elle nous donne une notion très inexacte de notre sensibilité, de laquelle cependant elle avoue que
' Sébastien Mercier, Cinq Mémoires sur Kant, son système et celui de Fichte. — Jules Simon, Une Académie sous le Directoire, 216, 241.