‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 26 sur 280 · CHAPITRE PREMIER 5l · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER 5l

poir de modification sérieuse de la Constitution. Tout lui manquait à la fois, les forces nécessaires, la volonté, l'entente, avant tout, nous l'avons dit, le temps. Les deux comités, le comité de révision et le comité constitutionnel, réunissaient toutesles nuances politiques, de Pétion et Buzot à Clermont-Tonnerre et Barnave, le seul parmi les auteurs de la Constitution qui essayât énergiquement de réparer le mal qu'il avait fait. Il trouva en Malouet un homme prêt il se dévouer. « Il ne m'en coûte rien », dit celui-ci aux membres des deux comités, « de braver la mauvaise humeur de T Assemblée; je vous offre d'attaquer votre acte constitutionoel dans toutes les parties qui en sont succeptibles. Je vous promets des observations sages et conséquentes sur les points mêmes que vous voulez défendre, à plus forte raison sur ceux dont vous reconnaissez le vice et le danger. Eh bien ! je ne vous demande que de céder sur ceuxlà, mais franchement et complètement ». En conséquence de cette proposition, qu'on accepta et qu'il renouvela le lendemain au comité de Constitution, il monta à la tribune le 8 août 1791. L'Assemblée, pendant plus d'un quart d'heure, l' écouta dans le plus profond silence et avec des signes d'attention et d'intérêt qui alarmèrent les Jacobins. En ce moment un dépulé cria de toute sa force : « Messieurs, ceci n'est rien moins qu'une contre-révolution dont on veut vous prouver la nécessité ! ». * Ces paroles pro-

^ Malouet, Mémoires, II, 154-157. Discours à la Coastitaante, desquels il faut rapprocher ceux de Barnave des mois de juillet-août 1791.

dttisirent une émotion si vive, qu'on ne laissa pas r orateur terminer son discours. Plutôt que de s'engager au dernier moment dans une pareille voie, on résolut de rap;)eler aussi vite que possible du théâtre de son activité la première Assemblée de l'ère révolutionnaire, de façon à lui conserver jusqu'à la fin l'auréole de son amour pour la liberté et des hommages populaires. Le système d'une Chambre unique, les rapports entre la couronne et là représentation nationale, la situation des ministres vis-à-vis cette dernière, l'impuissance du pouvoir exécutif, l'exclusion de toute fonction publique pendant deux années des membres de la Constituante comme l'interdiction de les réélire pour les trois législatures suivantes, tout cela subsista sauf quelques changements insignifiants, et les circonstances rendirent vaine la seule concession obtenue. Pour devenir député, on avait dû payer jusque-là au moins cinquante-cinq livres, le ce marc d'argent » dont on a tant parlé. Après la fuite du roi, Robespierre fit abolir cette condition comme inadmissible dans une démocratie. l^]n revanche on réussit à introduire un cens électoral beaucoup plus élevé, variant de cent cinquante à quatre cents journées de travail. Mais cette loi ne devait entrer en vigueur qu'au bout de deux années, et dans la plupart des départements les électeurs avaient déjà été nommés avant le 21 Juin. ^

Au flot déchaîné des revendications populaires on opposait un obstacle puéril ; les deux législatures

^ Duvergier de Hauranne, Histoire du gouvernement parlementaire en France^ I, 200-203.

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