‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 27 sur 280 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

suivantes n'auraient pas le droit de modifier la Constitution. Ces mêmes hommes qui, contre leur volonté et avec une précipitation furieuse, avaient été poussés en avant et contraints de détruire leur propre œuvre, demandaient à leurs successeurs de respecter cette œuvre et de demeurer immobiles au milieu de la tempête. Puis, après une session de vingt huit mois et la rédaction de deux mille cinqcentsdécrets, on présenta la Constitution au roi. ^ Il avait déjà accepté isolément^ sans connexité entre elles, les plus importantes de ces dispositions, puis, dans une lettre publique du 21 juin, il en avait désapprouvé un grand nombre. La décision qu'il s'agissait de prendre ne pouvait donc plus le mettre d'accord avec luimême. Il avait d'autant plus besoin des conseils de serviteurs et d*amîs éprouvés, et ce qui augmentait les difficultés de sa situation, c'était le désaccord qui régnait parmi ceux mêmes qu'il savait le plus fidèles à sa cause. Maury et Bui^e demandaient le rejet de la Constitution : Mâury, parce qu'il n'avait jamais voulu raccord, même quand cet accord était peutêtre encore possible ; Burke, parce qu'aucun déchaînement de passions sauvages ne lui semblait aussi funeste que la modération mensongère et la tranquillité trompeuse qui régnaient depuis le 17 juillet. * Après comme avant, sa politique française visait à l'établissement d'une Constitution libre, d'une monarchie fondée sur la loi. C'était du reste le point faible de cette politique, de se rencontrer si complè-

* Dareste, Histoire de France, VII, 291-2Ô2.

* Edmond Burke, Letter to the Qtieen, décembre 1791.

tement pour le moment avec les aspiratioDs de T émigration et des princes» que dans l'automne de 1791 elle aussi n'avait plus d'autre solution à offrir que la guerre. Celte guerre, toutefois, n'était pas la lutle de rancunes personnelles dont à Trêves et à Coblentz on caressait Tidée entre les intrigues et les fêtes ; c'était la guerre de principes contre la tyrannie d'une minorité anarchique et tout aussi désastreuse pour la nation française que pour le roi, la guerre affranchie de toute préoccupation égoïste, sans les arrière -pensées entretenues à Vienne, sans revendication territoriale allemande, sans annexions russes*

Rien ne caractérise mieux le contraste des idées que la différence des personnes. Tandis que Burke poussait l'Europe à s'acquitter d'une façou désintéressée du rôle suprême d'arbitre entre la Révolution et Tordre social menacé, le comte d'Artois offrait la Lorraine à l'empereur pour qu'il vengeât les intérêts dynastiques lésés, et ne craignait pas de porter ainsi atteinte à l'intégrité de sa patrie et à la sécurité de sa propre famille 1 ^

Parmi les voix qui, en dehors de l'émigration, étaient opposées au rejet delà Constitution, il y avait le parti constitutionnel tout entier, le ministère^ la cour de Vienne, Mercy, de La Marck, la reine ellemême, et avec eux la plus grande partie des amis éprouvés de la famille royale, qui recommandaient de l'accepter et de l'exécuter sans condition ; les

* * Sybel, Histoire de VEurope pendant la Révolution fran* çaise, I, 282.

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