CHAPITRE SEPTIÈME
Guillaume de Humboldt, né en 1767, connaissait Paris depuis sa jeunesse. Au mois d'août 1789, après la prise de la Bastille, il était venu pour la pre^ mière fois, avec son précepteur Campe, dans la capitale de la France, « aûn d'assister à Tenterrement du despotisme d ; * en octobre 1797 il y revint encore. Entre ces deux dates se place le prodigieux travail intellectuel qui fit de lui et de son frère Alexandre les représentants d'un savoir universel tel que le développement scientifique de nos jours ne permettra plus guère aux générations futures de le posséder. A un âge où les autres débutent, en 1791, à vingt-cinq ans, Guillaume de Humboldt abandonna le service de la Prusse où il occupait le poste de conseiller de légation, et épousa Caroline de Dachrœden. Entré par cette union dans le cercle de Dalberg et de Schiller, il voulut ne vivre désormais que pour son idéal de Thomme libre, de Tindividualité humaine dans sa plus haute perfection, qu'il essaya de réaliser sur le terrain politique en écrivant le livre qui formule son prograaime d'homme public et dans lequel il s'efforce de limiter le plus possible l'action de TEtat sur l'individu. ' Puis il se rendit à Halle, pour se plonger avec passion, sous la direction du grand philologue Wolf, dans l'esprit de la Grèce an^ tique et donner à son langage, grâce à l'imitation de ces immortels modèles, la perfection classique. En
^ * J . H. Campe, Lettres de Paris à V époque de la Révo» lution, Brunswick, 1790.
* * Guillaume de Uamboidt, bêsais sur Ui limites de Catlion de l'Etat.
1794 il Qt un séjour à léna^ par amour pour Schiller, et tous deux se livrèrent en commun à Tétude de la doctrine morale de Kant ; il entra en relations d'amitié avec Gœthe, qui parlait de ce temps passé avec lui comme d' « un des moments les plus heureux de sa vie d ; ce fut à léna que lui et son frère Alexandre tirent la connaissance des deux Schlegel.
En octobre, Guillaume et Alexandre gagnèrent Paris, où celui-ci rechercha le commerce des savants, particulièrement celui de Lalande et de Guvier, et prit les dernières dispositions pour son voyage au Nouveau-Monde ; il débarqua, le 16 juillet 1799, à Cumana, et ne revint en Europe qu'en 1804, Dans cet intervalle, Guillaume de Huraboldt quitta à deux reprises Parispourvisiter l'Espagne, où l'étude de la langue basque le conduisit à la philosophie du langage, la grande occupation de sa vie. Parmi les érudits français» il se lia avec Sainte-Croix, Goray, Chardon de la Rochette, Millin ; parmi les artistes, avec David ; il fréquenta beaucoup aussi son compatriote Schlabrendorf, Benjamin Constant ' et le baron de Brinkmann, chargé d'affaires de Suède en France de juin à décembre 1799.
Celui-ci était au nombre de ces étrangers qui, comme les Danois Baggesen et OEhlenschlœger et le Français Chamisso, écrivaient en allemand. Elevé à Halle et à Berlin, ami d'Ancillon, de Gentz, deTieck, plus tard de Fichte, de Rahel, de Frédéric Schlegel,
* * R. Haym, Coup d* œil historique sur la vie des frères de Humboldt jusqu'à l'année 1835. Biographie générale (en allemand.)