CHAPITRE SEPTIÈME
retourné en 1792 dans la capitale de la Prusse en qualité de secrétaire de légation, puis envoyé à Paris pour y remplacer le baron de Staël, il accueillit Guillaume deUumboldt comme une ancienne connaissance. Brinkmann, qui composait de la prose et des vers français, allemands, anglais, latins, et même suédois, était à Weimar une personnalité populaire et bien connue, que Gœthe avait recommandée à Schiller, sans prendre trop au sérieux l'étrange petit homme au nez d*une longueur démesurée, qui amusait par ses prompts enthousiasmes. Sa prétention de plaire aux dames lui avait attiré une pièce de vers du frère de Rahel, pleine de railleries dont voici un échantillon :
« Crois-moi, amie ; en fait d'amour, je ne connais que les lettres que j'ai composées comme poète » *.
Brinkmann avait parlé en termes exubérants dans une lettre à Caroline de Wolzogen de sa première rencontre avec M"" de Staël, en 1798, à Paris ; il terminait ainsi : « Déplorons seulement que, sans qu'il y ait de sa faute, Gœthe soit seul à même de lire ses écrits et qu'elle ne puisse pas lire les siens, du moins sous leur physionomie propre, car cette unique jalousie de la destinée qui l'a empêchée de naî-
* * Schiller et Gœthe, Correspondance, II, 39, n° 427. Schiller à Gœthe, 23 février 179H. — ' Varnhagen von Bnse, Mémoiresy VIII, 340 et sqq. — * Louis Robert, La* mentaiians et pleurs de Brinkmann ^ élégie.
tre Allemande est peut-être la seule chose qui ait rais obstacle à sou entière perfection... * ».
Vers cette même époque Rahel Levin séjourna également quelques mois à Paris chez Henriette Mendelssohn, qui tenait rue Richerun pensionnat de jeunes filles. M^** Mendelssohn, la sœur de Dorothée Veit-Schlegel, était, selon Yarnhagen, point jolie, légèrement contrefaite, mais cependant elle attirait, tant sa personne entière respirait à la fois la douceur, la fermeté et la modestie. Elle avait une intelligence vive, des connaissances étendues, un jugement net, tout cela associé au toL du grand monde et au tact le plus fin. Elle était au courant des littératures allemande, française, anglaise et même italienne, et parlait français et anglais comme sa langue maternelle. Ces mérites lui valurent de nombreux amis. Spontini passait dans son jardin des soirées entières au clair de lune et rêvait aux nouveaux lauriers à ajouter à ceux de sa Vestale. *
M'^* Mendelssohn était fort liée avec Guillaume de Ilumboldt et sa famille. Il raconte que chez eUe il voyait souvent Rahel. Celle-ci rencontra chez lui M"* de Staël, a très bien et très parlante », qui l'entretint de Brinkmann, mais ne flt vraiment attention à elle que quelques années plus tard
* * Caroline de Wolzogen, Œuvres posthumes, II, 270. BriokmaDn à Caroline de Wolzogen, Paris, 7 octobre
■ * Varnhagen von Ense, Mémoires, VII, 127-128. — * Louise Hensel, La famille Mendelssohn, I, 50-71.