CHAPITRE SEPTIÈME
ignorance des Français à propos des choses d'outre- Rhin avait aussi ses exceptions. Le contact entre Tes* prit français et l'esprit allemand s'était pourtant effectué sur un point, et c'était la Révolution qui y avait pourvu.
Comme la monarchie avant elle, trop souvent elle ne réservait aux meilleurs d'entre ses fils que l'exil. Depuis le mois d'octobre 1789 jusqu'au 18 Fructidor, les modérés de tous les partis passèrent par cette amère expérience. Jetés par les tempêtes politiques sur les rivages les plus divers, plusieurs d'entre eux demandèrent un asile à TAUemagne. Un des endroits qu'ils habitèrent de préférence fut Hambourg, où régna d'abord Rivarol et où plus tard de Serre, le préfet impérial, voua un culte passionné au chantre de la Messiade. Le premier des exilés volontaires fut Mounïer, qui, pour vivre, se fit maître d'école à Weimar et fonda un pensionnat ; « Weimar regorgeant d'Anglais, son duc Charles- Auguste espérait que cette jeunesse implanterait dans la race saxonne le sang anglais et des charpentes humaines mieux conditionnées ». * Wieland parlait avec le plus grand respect de Meunier, qui le visitait souvent et lui contait beaucoup de choses. « Quand je réflébhis », disait-il un jour à Bœttiger, « combien nous sommes misérables^ nous autres pauvres rats de bibliothèques et*phlIosophes en chambre, en comparaison d*un honime d'action comme celui-là, je regarde presque comme
' * Koebel, Œuvres poslhumes, publiées par Varnbagen voD Ense et Théodore Mundt, I, 180.
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un sacrilège de lui faire des objections et de le contredire » . '
Narbonne, Suard, plus tard Gerando et Camille Jordan, allèreot à Tubingue ; de là ce dernier se rendit à Weimar auprès de son ami le futur général Thîelmann, alors collaborateur des Heures. Narbonne fitune excursion à Eisenach,d*où il soUicitade Schiller, en janvier 1800, la permission de tenter une traduction de la Mort de Wallenstein^ bien qu'il cradgnît de mériter au moins à moitié ce double reproche adressé par Gibbon à son traducteur, de ne pas comprendre Tanglais et de ne pas savoir écrire en français. " La réponse du poète n'est pas connue ; mais (;œthe a parlé de ces Français sur le ton bienveillant et honorable qui leur était dû. « Quoique fort éloignés du théâtre des grands événements, nous vîmes paraître dès cet hiver des fugitifs, avant-coureurs de nos voisins de TOuest chassés de leur patrie. Ils semblaient être à la recherche d'un endroit policé, où ils trouveraient accueil et protection. Ils ne firent que passer ; mais ils surent tellement nous intéresser à leur sort par la dignité de leur attitude, leur sérénité patiente et résignée, leur activité à subvenir à leurs besoins, que ces quelques hommes nous firent oublier les défauts de la masse et changèrent l'antipathie en faveur décidée. Cela tourna à l'avantage de ceux qui les suivirent et qui se fixèrent plus
* * K. A. Bœttiger, Littérature et contemporains, I, 170.
* * Ulrich, Lettres à Schiller, 349. Louis de Narbonne à Schiller, Eisenach, 17 janvier 1800.