‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 266 sur 280 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

tard en Thuringe. Il me suffira de citer Meunier et CamiDe Jordan, pour justifier l'idée favorable qu'on s'était faite de toute la colonie» qui, sans égaler ces hommes éminents, ne se montra du moins nullement indigne d'eux »>.

Camille Jordan sut utiliser ce séjour sur la terre germanique. Comme son ami Gerando, il apprit Falieinand, et tandis que celui-ci se plongeait dans les études philosophiques, il traduisait, lui^ les odes de Klopstock. Cette traduction fut imprimée quelques années plus tard et Camille Jordan en envoya ffuelques exemplaires à Coppet. On se racontait en Allemagne qu'une pauvre vieille paysanne avait prié Dieu de ne pas la faire mourir avant qu'elle eût fini de lire le dernier chant de la Messiade. L'impression de M"** de Staël, si elle ne fut pas comparable à cet élan de pieuse ardeur, fut cependant semblable à celle de Charlotte dans Werther, qui laisse échapper comme un cri, dans une nuit d'orage, le nom de Klopstock : « Comment vous exprimer », écrivait-elle à son ami, « l'enthousiasme que m'a fait éprouver votre traduction? j'ai tressailli, j'ai pleuré en la lisant, comme si j'avais tout à coup entendu la langue de ma patrie après dix ans d'exil. Je vous ai aimé d'un sentiment nouveau qui avait plus de vie, plus de dévouement, plus d'émotion, que tout ce que j'avais éprouvé pour vous jusqu'alors. C'est là le vrai talent, celui de

* * Goethe, Œuvres complètes. Campagne en France^ 1792, à , la fin.

lame. L'imagination de Chateaubriand à côté de cela ne paraît que de la décoration. Le réel, le sincère est dans ces odes. Il y a une vie derrière ce style. 11 y aura une vie après, et celle-là peut-être vous en passerez quelques jours avec moi ». *

Le sentiment exalté qui s'exprimait ainsi fut durable. <r Tous ses ouvrages (de KIopstock) », disait-elle plus tard, « ont eu pour but ou de réveiller le patriotisme dans son pays, ou de célébrer la religion : si la poésie avait ses saints, KIopstock devrait être compté comme l'un des premiers ».'

Un autre lien avec la littérature allemande s'étahjit par l'intermédiaire de Meister.

A Toccasion de la visite que lui fit Wieland à Zurich, en 1797, Meister avait engagé M""* de Staél à s'y rencontrer avec lui. Elle répondit: «Aller à Zurich pour un auteur allemand, c'est ce que vous ne me verrez pas faire... Je crois savoir déjà tout ce qui se dit en allemand et même cinquante ans de ce qui se dira. Ce que j'aime d'eux, c'est leur talent, mais non pas leur esprit ». Dans la lettre suivante on lit à propos de Wieland : « Avez-vous pensé à lui faire des coquetteries pour moi? Des coquetteries, cela sert à tout ». ' Bientôt après, une autre lettre i Meister, qui, pour une fois, est datée^ portait ce qui suit ; a Gœtbe m'a envoyé, avec la plus superbe re-

« Sainte-Beuve, iVottyeauoî Lundis, XII. M"* de StaCl à Camille Jordan, Coppet, 3 juillet (1803.)

* M"»» de Staël, De l'Allemagne^ 2«» partie, cbap. V : KIopstock.

> M'°« de Staël à Meister. Coppet, 18 mars, 22 septem-

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