CHAPITRE SEPTIÈME
liure possible, un roman de lui nommé « Willamsmeister » {sic). Gomme il était en allemand, je n*ai pu qu'admirer la reliure (et Benjamin assure entre nous que je suis mieux partagé que lui qui Ta lu). Mais il faut que dans votre bonté vous fassiez parvenir de ma part à Goethe un remerciement superbe qui jette un voile sur mon ignorance et parle beaucoup de ma reconnaissance et de mon admiration pour l'auteur de Werther ». *
Cet état de choses ne pouvait durer. Puisqu'on ne venait pas à bout de l'allemand par des plaisanteries, il fallait l'apprendre. « Je continue Tallemand avec résignation », écrit-elle à Meister; « mais je ne conçois pas comment vous avez fait pour écrire si bien le français, sachant si bien l'allemand. Il me semble que l'un exclut l'autre ». Bientôt elle enregistre des progrès, car « l'ardeur de l'allemand ia transporte ». Elle demande qu'on lui envoie Agnès de Lilierij de M"*® de Wolzogen, les œuvres dramatiques de Gœthe, le Wallenstein de Schiller, enfin des contes de fées et les œuvres de Campe, l'adaptateur du Robimon^ pour les faire traduire à son fils. Ces lettres datent de la fin du siècle, alors qu'elle était l'élève de Guillaume de Humboldt. Bientôt après un compatriote, Charles de Yillers, attira son attention sur Kant.
Né en l'année 1765 dans la Lorraine allemande, et, comme Gerando, d'abord militaire, Villers s'était
bre (non datées). Lettres inédites en la possession de M. le D' Reinhart.
< M»** de Staël à Meister, 22 avril 1797. Même source.
enthousiasmé pour 1789, puis avait témoigné de l'horreur que lui inspirait la marche des éyénements dans un écrit Sur la liberté qui, publié à Metz en 1791, eut trois éditions et valut un décret de bannissement à son auteur ; il se retira à Goettingue, où il suivit les cours de l'Université et connut Benjamin Constant. De cette période datent les rapports de Fofficier français avec des lettrés et des poètes aile mands, Gœthe, Gœrres, Jacob Grimm, Jacobi, Jean- Paul Richter, Klopstock, Schelling, Voss, avec lesquels il correspondait. Il se lia tout particulièrement avec l'historien Schlœzer, dont la fille Dorothée, une femme accomplie mariée à Lùbeck au négociant de Rodde, plus tard sénateur, lui inspira une sympathie profonde, qui le fixa dans son voisinage. Il devint Allemand sans rompre ses liens avec la France, et se prit d'une telle affection pour sa seconde patrie, que son ami Fauriel, qui cependant, lui aussi, étudiait avec ardeur la langue allemande, crut devoir l'en blâmer. Le fruit des études de Villers fut un livre sur Kant, publié en 1801/ et dont un résumé spécial de quatre pages fut présenté au Premier Consul, qui l'avait demandé en le limitant à ce nombre. Le travail de Villers était la première tentative sérieuse faite pour introduire les Français dans ce monde intellectuel tout à fait nouveau pour eux. Envoyé à l'auteur du livre De la Littérature^ il fut, comme Villers l'avait expressément souhaité dans
* Charles de Villers, Philosophie de Kant ou Principes fondamentaux de la philosophie transcendentale.