‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 270 sur 280 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

tant qu'il était heureux que M""* de Staël voulût tourner son attention du côté de rAUeinagne. D'autres l'avaient essayé, ajoutait-il, mais ils n'avaient réussi qu'à penser en français avec des mots allemands. Dans son enthousiasme pour tout ce qui était germain, il ne voulait même pas admettre que l'Allemagne des jours de la diète de Ratisbonne et du démembrement fût restée en arrière sous le rapport politique. « Ne croyez donc pas », écrivait-il, « que ces idées allemandes soient si purement méditatives, qu'elles n'aient jamais eu des résultats positifs. L'esprit de la vraie liberté est un résultat très fréquent et très positif parmi la nation. Le superbe code prussien, le plus humain et le plus républicain de ceux qui existent, le gouvernement d;un assez grand nombre de princes éclairés, les régences des villes libres, notre réformation sont, je pense, d'assez beaux monuments et tels que la France n'en peut montrer, malgré toute l'ostentation et la fanfaronnade du libertinisme des douze dernières années » . ^

Le désir exprimé par M"' de Staël de voir Villers rendre populaires en France ses maîtres allemands ne se réalisa pas ; chez lui, le mérite de la forme était loin de répondre à la valeur des idées. C'est à elle-même qu'échut la tâche qu'elle lui avait assignée. En revanche, sous un autre rapport ils se comprirent d'autant mieux. La fille de Necker partageait sur le

* * M. Isler, Lettres choisies de Charles de Villers. M"* de Staël à Villers, Coppet, !•' août 1802, et Villers à M»' de Staël, 1" octobre ^802, 268-274.

protestantisme la manière de voir de Viliers. « Si la Réformation eût échoué il y a trois siècles, que serait devenue Y Europe ? » , écrivait-elle plus tard ; « et dans quel état serait- elle maintenant, si Ton enlevait à la France tout ce qu elle a gagné par sa réforme politique ? )).* L'émigré français répond à cette question . dans le livre qu'il publia en 1803 ' et qui lui valut un succès sans exemple en son genre : le prix de Tlnstitut de France et sa nomination de membre correspondant de cet Institut.

Ce fut là le beau moment de la vie de Charles de Viliers. Pendant les guerres qui suivirent, il mît toute son influence comme écrivain et comme homme privé au service de sa patrie adoptive. Cette attitude politique lui valut le dipldme de bourgeois honoraire de la ville de Brème, une arrestation par Davoust, et la nomination par le roi Jérôme à la chaire de littérature française de l'Université de Gœttingue. En 4814, le régent du Hanovre lui retira sa chaire, acte que le baron de Stein qualifia d* outrage à la nation allemande ; mais cet acte d'injustice ne fut jamais complètement réparé et brisa le cœur du malheureux Charles de Viliers. 11 mourut d'une fièvre nerveuse, le 26 février lbl3, àTâge de cinquante ans. Benjamin Constant et M°* de Staël avaient fait tout leur possible pour obtenir la réhabilitation de leur ami. '

* M«« de Stoël, Considérations, XIII, 99.

* Essai sur r esprit et l* influente de la réformât ion de Luther, Ce livre eut en quelques années quatre éditions, trois traductions allemandes, deux anglaises et une hollandaise.

» *GraBter, Charles de Viliers et-M^^ de Staël, Raatenboarg,

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