‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 29 sur 280 · CHAPITRE PREMIER 5j · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER 5j

question, de lui communiquer le mémoire qu'il avait rédigé pour le roi. Morris, tout étonné, lui demanda par quel hasard elle en avait connaissance ; elle répondit que c'était par Tabbé Louis, l'ami de Talleyrand et le sien, qui était présent à table. L'Américain alors lut son mémoire. Tous deux approuvèrent son tableau de la situation, mais trouvèrent que ses conseils étaient trop hardis pour être praticables. Morris était joué. Il raconta son aventure à Montmorin, qui lui dit qu'il savait à quoi s'en tenir luimême : Necker lui avait déjà fait remarquer comment sa fille possédait Tart d'apprendre ce qu'elle voulait savoir.

Cette fois, elle eut raison contre Morris. Le roi fit ce que, dans sa position, il pouvait d'autant moins éviter, que cela répondait à son caractère et à toute sa manière de voir; le 16 septembre, il accepta la Constitution. On le délivra de son emprisonnement provisoire, et il sauva pour le moment la paix de l'Europe, et d'une façon plus durable celle de sa conscience, fidèle qu'il restait à sa résolution de ne pas faire répandre de sang pour sa cause. L'Assemblée proclama en retour une amnistie générale. La Fayette renonça au commandement de la garde nationale et n'eut pas de successeur ; les chefs des six légions qui formaient la garde civique de la capitale devaient à l'avenir être investis à tour de rôle du commandement, ce qui avait pour conséquence de supprimer ce gage douteux de sécurité. Le 8 octobre, avec une ostentation de républicanisme et la promesse solennelle de vivre libre ou de mourir,

La Fayette échangea l'épée contre la charrue et s'efforça de se persuader, à lui et aux autres, que c'en était fini de la Révolution, puisque son rôle y était terminé. . L'Assemblée nationale vit arriver, le 30 septembre, le terme de sa carrière; le 1*' octobre commença celle de la Législative, ^t dans l'espace d'un an l'œuvre de l'Assemblée qui l'avait précédée était en débris. Quand l'intérêt d'une nouvelle génération revint à la Constituante, le revirement en sa faveur dépassa le but, comme toutes les réactions, et les divergences qu'elle n'avait pas su vaincre semblèrent revivre dans les jugements posthumes dont elle fut l'objet

Dans le cycle révolutionnaire, et comparée à ce qui suivit, elle apparut comme le printemps, la jeunesse, comme une promesse d'espoir et d'avenir. La prédilection qu'inspirent toutes ces choses, on l'eut aussi pour elle ; on lui sut gré, non de ce qu'elle avait accompli, mais de ce qu'elle avait promis. Elle avait détruit le gouvernement, et l'on s'imagina qu'elle avait fondé la liberté. La tolérance affichée sur son programme l'emporta auprès de toute une école historique sur la guerre de religion déchaînée par ses décrets. L'abolition des privilèges lui valut de l'indulgence pour la violence faite au droit, et parce qu'elle avait mis fin à l'arbitraire d'en haut, on lui pardonna d'avoir sacrifié à la tyrannie populaire. Au nom des doctrines libérales. Chateaubriand rappela au régime constitutionnel de la Restauration que, sorti de 1789, il y était revenu, après beaucoup de méprises, comme à son véritable point de dè-

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