CHAPITRE PREMIER 5g
part.' Pour M"* de Staël, la Constituante a droit à la reconnaissance de la postérité, pour ceci avant tout que ce fut elle qui réforma la justice, proclanja T égalité devant la loi, et transforma la carte de France ; elle caresse l'espoir que la suppression des castes aura pour conséquence la fusion des différents ordres en une seule nation. * En 1815, elle aurait cru trahir la foi de sa jeunesse en s' associant aux déclamations contre la première représentation nationale de la France, au lieu de défendre avec un pieux respect les bienfaits que de grands patriotes avaient si péniblement acquis à la nation. Mais en même temps elle avoue que la moralité de la Constituante n'a pas été à la hauteur de son intelligence, et que par cette raison elle n'a pu parvenir à établir l'accord entre les deux partis qui luttaient sur le terrain des théories politiques.'
Les documents historiques produits depuis lors ont confirmé ces réserves plus que cet éloge. On a ajouté à celles-ci qu'une Assemblée qui, elle-même, était en proie aux factions, ne pouvait trouver le juste milieu entre les paitis. Pour renverser son œuvre, il sufûsait de poursuivre jusque dans leurs derniers retranchements les principes qui l'avaient établie. Il n'est plus possible désormais de décharger la Constituante de la responsabilité des actes de la Législative et de la Convention.
Il fut question cet automne-là d'un assez long
^ Chateaubriand, Etudes historiques, l, 77.
• M"« de Staôl, Considérations, XII, 178, 287, 295.
* M-« de Staôl, Considérations, XII, 401.
coDgé du baron de Staël.. Il l'avait sollicité sans pré* voir que son roi trouverait là Toccasion longtemps cherchée de supprimer le poste d'ambassadeur à Paris et de confier les affaires à un secrétaire. Dans l'espoir de modifier la résolution du monarque, M""* de Staël adressa à Nils de Rosenstein un tableau de la situation ; ce mémoire n'atteignit pas son but, mais il nous aide à mieux connaître la manière de voir de son auteur. M"' de Staël va au-devant d'un relâchement des liens diplomatiques entre la France et la Suède, en disant qu'on aurait tort de ne plus tenir compte de la première puissance dans la balance des événements européens.
« J'apprends avec beaucoup de peine, Monsieur », écrit-elle le 16 septembre (1791), « que votre santé n'est pas bonne dans ce moment ; la distance qui nous sépare me fait espérer cependant que vous ne souffrez plus à présent. En revenant de Suisse, il y a quinze jours, j'ai vu M. Bergstedt ; je Tai trouvé un homme de beaucoup d'esprit, mais un peu trop politique pour moi, qui suis remarquable pour le défaut contraire. Je crains qu'il n'ait de la peine à s'astreindre à jouer ici un second rôle. M. de Staël a servi ses désirs à cet égard en demandant au roi un congé, mais je vous dis à vous, Monsieur, qui êtes devenu, si j'ose le dire, mon ami parTintérèt que vous avez daigné me montrer, qui avez tout mis dans une liaison où je ne pouvais vous apporter que de la reconnaissance, je dis à vous, Monsieur, que je souhaite que le roi ne juge pas ce congé nécessaire, et qu'à