CHAPITRE PREMIER
content de l'ouvrage de M. de Talleyrand sur Tinstruction publique. Votre suffrage l'honorera ».
Ce rapport de Talleyrand à TAssemblée est mentionné plus d'une fois encore dans les écrits de M"*' de Staël, et toujours avec les éloges que mérite son importance ; on sait du reste que NapoléoQ luimême l'utilisa pour la réorganisation de l'enseignement en France. Seulement, ce n'est pas à Tévêque d'Âutun, mais à son vicaire-général Des Renaudes et au médecin de la reine, Vicq d'Azyr, qu'en appartient la paternité ; Talleyrand ne fut cette fois que l'interprète de leurs idées.*
On a également conservé la lettre de M"' de Staël à Gustave III, la dernière probablement qu'il ait re* eue d'elle.
« Sire, c'est avec un profond sentiment de timidité que j'ose vous écrire ; le respect et l'admiration que Votre Majesté m'inspirent ont dû toujours me faire éprouver ce mouvement, mais il est causé pour la première fois par une crainte pénible. J'ai passé depuis un an huit mois en Suède, et cependant j'apprends à mon retour que pendant le séjour de Votre Majesté à Aix-la-Chapelle on a cherché à l'occuper de toutes les misérables calomnies, fruits des loisirs de l'esprit de parti ; sans doute le nom de mon père devait attirer sur moi l'attention de la haine, mais
thèque de l'Uaiveraité d'Upsal. M«« de Staôl à Nils de RosensleÎQ, 16 sept. 1791 .
i Fea Duc de Broglie, Mémoires^ I, 55.
t6 MADAME DE STAËL ET SON TEMPS
j*espérais aussi que ce nom en éloignerait le soupçon d'approuver les injustices et les atrocités dont on est témoin en France depuis quelque temps, et de voir sans l'émotion la plus vive et l'intérêt le plus actif la situation du roi et de la reine dont le malheur tout-puissant sur les âmes généreuses reçoit un nouvel effet par le contraste de leur première destinée. Il est vrai que j'ai partagé l'espérance de mon père à l'ouverture des Etats -Généraux ; Ton devait peut-être se flatter à cette époque qu'il résulterait de leurs lumières et des excellentes intentions du roi une Constitution libre et heureuse. L'ivresse fanatique de la nation a éloigné ce terme, mais pourquoi le parti des opprimés ne pardonne-t-il pas à ceux qui ont espéré, pourquoi veut-il avoir tout prévu parce qu'il a tout craint, pourquoi fait-il un crime d'une conûance qui devait naitre alors de tous les bons sentiments de l'âme ? Témoin des persécutions que mon père a éprouvées par ceux qu'on l'accusait d'avoir trop servi, la noblesse n'a pu s'élever dans cette circonstance à la justice la plus facile, celle qu'on exerce envers l'adversité. Unie par ma tendresse et mon admiration à la destinée de mon père, il est vrai que je ne pense que par lui ; mais en lisant son dernier ouvrage, Votre Majesté a-t-elle trouvé que de telles opinions fussent coupables et compromissent les devoirs d'une personne attachée au roi de Suède par sa position et sa reconnaissance? Mon âge du moins et le titre de femme devait empêcher qu'on y mît la plus légère importance, cependant on a voulu envelopper H. de Staël dans la dis-