‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 34 sur 280 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

grâce où Ton cherchait à me jeter auprès de Votre Majesté, quoiqu'il soit impossible d'être plus étranger aux torts qu'on veut me trouver. J'avais pouiamis avant la Révolution MM. de Périgord, de Castellane et de Montmorenci ; ils se sont trouvés parmi les députés nobles et ecclésiastiques qui ont marqué, non assurément contre l'autorité royale, mais contre les privilèges dont ils jouissaient plus que personne par l'illustration de leurs noms. Je suis restée liée avec eux parce que les sentiments n'appartiennent pas aux opinions et que les devoirs de Tamitié s'augmentent par les dangers mêmes auxquels ils exposent; au milieu d'une société assez nombreuse je ne vois qu'eux dont Topinion, quoique extrêmement modifiée, aristocrate relativement aux clubs dominateurs de la France, puisse s'appeller popul^re. C'est sur le prétexte de l'amitié que je leur porte que se fondent les compositions de quelques libellistes ; il est si léger, ce prétexte, que l'invention totale ne leur coûterait pas davantage. Ce tort, néanmoins, je le répète, m'est entièrement personnel, iM. de Staël n'ayant pour amis que des hommes étrangers aux affaires de France. Je ne me défends point d'une inquiétude très vive quand je sais Votre Majesté entourée de personnes malveillantes pour moi ; je n'en éprouverais plus si je pouvais lui exprimer Texacte vérité ; le courage et la fidélité dans l'amitié sont des qualités qui peuvent déplaire aux rois qui n'attendent rien que de l'obéissance passive, mais celui que l'enthousiasme élèverait sur le trône si le sort ne l'y avait pas placé, doit aimer l'indépen-

dance d'opinion et de caractère ; elle donne aux hommages qu'elle rend un sceau de liberté, traite avec la puissance comme avec la gloire, et ne se soumettant que parce qu'elle admire, prépare à Votre Majesté un triomphe de plus » *.

Ces lettres ne réconcilièrent pas le roi. Peu de mois plus tard, il rappela M. de Staël de son poste d'ambassadeur, et lorsque celui-ci arriva à Stockholm, le malheureux souverain venait de tomber victime de Tirréconciliable antagonisme qui divisait les hommes de sa génération.

^ Lettres inédites de M°^» de Staël^ appartenant à la bibliothèque de rUniversité d'Upsal. M"»« de Staël à Gustave III, Il sept. 1791.

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