CHAPITRE DEUXIÈME
devenue, par rapport à Tesprit dont elle était animée, la gauche de la Constituante. Elle se composait de plus de cent constitutionnels continuateurs de Tœuvre des Duport et des Lameth, des Bamave et des La Fayette, qui pendant deux ans avaient travaillé à édifier la Constitution républicaine ayant à sa tète un fantôme de roi sans iofluence et sans autorité. Cette Constitution commença son existence légale le 7 octobre, jour où Louis XVI parut dans la nouvelle Assemblée.
Au premier rang de la petite troupe que nous venons de désigner se tenaient Jaucourt, Mathieu Dumas, Vaublanc, Beugnot et quelques autres, qui tentèrent avec un courage inutile de préserver le droit des minorités, après avoir, contre toute attente, réussi à passer à travers les mailles' du filet électoral que les Jacobins avaient tendu sur tout le territoire.'
Entre eux et la gauche jacobine, quinominalennent ne comptait pas trois cents têtes, « il y avait le centre, dont cent soixante-quatre membres s'étaient fait inscrire aux Feuillants; quant aux Indépendants, très peu nombreux du reste, ils ne voulaient appartenir à aucun parti. Leur nom et leur attitude rappe-: laientles Impartiaux, cette premièrelignederésistance bientôt franchie, que la Constituante avait opposée au flot débordant de la démocratie. C'était àeux maintenant à faire pencher la balance, et il n'y a pas à douter de quel côté se seraient trouvées leurs idées et
* Taine, La Révolution, II, 106.
^ TK\m^ La Bévolidion, 11,117, note d'après Mortimer- TernaQx.
leurs sympathies personnelles, à'ils avaient été libres d'agir ; mds bientôt on les vit céder aux menaces des clubs, de la presse et des tribunes. Us ne donnèrent pas leurs voix à la droite, qu'ils estimaient, mais à la gauche, qu'ils craignaient. ' Cette attitude ne s'expliquait pas exclusivement par la pression qu'ex^cait sur les votes le seul pouvoir fortement oi^anisé qu'il y eût en France, le club des Jacobins, mais par la situation générale du pays.
La droite était décimée, tout d'abord par lasecoQde émigration qui , à la différence de la première, n'avait plus pour cause unique l'opposition irréconciliable à la Révolution, mais encore et bien plus la persuasion où étaient les nobles, à quelque opinion qu'ils appartinssent, que les nouvelles autorités n'avaient ni le désir ni le pouvcfir de les protéger dans leurs biens et dans leur vie. Si l'on en excepte les provinces de l'Ouest, le meurtre et le pillage étaient déjà à l'ordre du jour. Ce fut dans l'intervalle entre la troisième et la quatrième jacquerie, le 17 mai 1790, que M"* Roland, écrivant à Lanthenas, lui parlait de l'incendie des châteaux comme d'un « mal qui ne serait pas grand », si les ennemis de la Révolution ne devaient s'en faire une arme contre elle.
A côté des quarante mille prêtres qui, devenus malgré eux les adversaires de la Révolution, vivaient en proscrits sur la terre natale, il y avait tous ceux parmi les catholiques qui étaient prêts à jurer fidélité à la Constitution, sous réserve toujours de Tar-
^ Hua, Mémoires, cités par Edmond Biré, La légende des Girondins, 32, note.