CHAPITRE DEUXIÈME
ticle relatif h la Constitution civile du clergé, et qu*on priva pour ce motif de leur droit électoral. *
Cela explique en partie comment la bourgeoisie française, le Tiers, au nom de laquelle la Révolution avait commencé, ne gagna pas pour sa part ce qu'elle croyait avoir enlevé en situation et en influence à ceux qu'elle avait vaincus. Une autre cause s'ajoutait à celle-ci. Plus que tous les autres ordres de l'Etat, le Tiers dépendait par ses intérêts et sa prospérité de la protection d'une législation éclairée et d'un gouvernement régulier ; inexpérimenté en politique comme il Tétait, il s'imagina, dans l'automne de 1791^ avoir atteint le but de ses désirs — la monarchie modérée — parce que le nom de celle-ci se lisait en tète d'une Constitution dont les interminables paragraphes lui faisaient oublier la désorganisation du pays.
De toutes les illusions de l'époque, celle-ci fut la plus fatale. Elle résultait du sentiment de lassitude provoqué chez la partie la plus conservatrice de la population par l'activité fiévreuse et les émotions incessantes des dernières années.
D'après l'évaluation de M. Taine, les élections, le service de la garde nationale, l'administration locale prenaient au citoyen actif un tiers de son année ; * ce temps, il devait le consacrer à des obligations le plus souvent pénibles, que le terrorisme des clubs aggravidt de toutes façons, qui exposaient de plus à des dangers auxquels on ne résistait pas sans une dose
* Taine, La Révolutianj I, 436, et II, 74. — Sciout, Histoire de la cojistitution civile du clergé.
« Tame, La Révolution, I, 267, et II, 39-49.
non commune d'énergie et de constance. De plus, la Révolution n'avait plus à offrir au bourgeois comme au paysan, et ne leur donna plus, en effet, dans Tavenir,*que ce qu'elle leur avait déjà assuré : la suppression des chaînes féodales, des entraves industrielles, l'égalité devant la loi, l'accès à tous les emplois publics. Voilà comment il se fit que la bourgeoisie française, qui croyait se débarrasser de son fardeau au profit du gouvernement qu'elle avait voulu, fut réduite, dans sa grande majorité, à un rôle passif, au moment même où Tennemi aux aguets se disposait à pénétrer par la brèche ouverte. Un des personnages les plus méprisables du drame révolutionnaire, Pétion, « ce niais emphathique et lascif », ' comme le nomme si bien M. Sorel, fut, pour citer cet exemple entre d'autres, élu maire de Paris par six mille voix sur dix mille votants seulement, et cela avec l'appui des royalistes et sur l'ordre delà cour. Les élection» à l'Assemblée législative, comme plus tai-d les votes de celle-ci, furent l'œuvre de minorités, qui recevaient le mot d'ordre de l'interprète logique de l'idée révolutionnaire, le pur Jacobin. Depuis longtemps la bourgeoisie comme corps n'était guère plus pour lui qu'un principe hostile, comme Tavaientété noblesse, clergé et Parlements pour ses prédécesseurs de la Constituante. Cette Assemblée avait détruit la hiérarchie sociale ; la Législative fit un pas de plus et commença par attaquer la propriété. On calcula que les dix-neuf vingtièmes de ses députés représentaient
* Sorel, VEurope et la Révolution française^ II, 267, note.