‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 40 sur 280 · CHAPITRE DEUXIÈME 8l · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME 8l

raursdt forcé à envoyer ses propres frères à Téchafaud, mais sans approuv,er pour cela leur politique ; toutes les lettres qu'il leur adressait les conjuraient de se tenir tranquilles et de rentrer en France. Dans une proclamation solennelle il tint le même langage aux émigrés, et livra aux conseils de guerre ceux qui abandonnaient l'armée et la flotte pour gagner le Rhin.

Ses hommes de confiance à Tétranger, Bouille, qui depuis Varennes vivait à Bruxelles, Mercy, que l'empereur avait envoyé en 1791 de Paris en Belgique, plus tard Mallet du Pan, ne voulaient pas de réaction, mais une monarchie tempérée. L'empereur Léopold, de son côté, revenait sans cesse sur la nécessité de cette solution essentiellement paciQque.

Conformément à son caractère, l'attitude de Marie- Antoinette était bien plus prononcée que celle de Louis XVI. La politique de la reine se distinguait de celle du roi moins par les moyens à employer que par le but auquel elle tendait. Ce but était le rétablissement d'un état de choses supportable, non pas à l'aide des partis français existants ni des Français eux-mêmes, mais par le secours de l'étranger. ^ Elle poussait en conséquence à un congrès armé des puissances, afin d'intimider pour le moment la Révolution, et, si cela ne réussissait pas, de mettre un terme à une situation devenue intolérable et dont la disparition produirait sur le pays lui-même l'effet d'une délivrance.

Le profond mépris des hommes dont les événe-

* * Arneth, Marie- Antoinette, Joseph II et Léopold IL Cor. respondance, passim, entre autres page 226.

ments des dernières années avaient rempli l'âme de l'infortunée princesse lui faisait regarder même le cercle intime de la famille comme « un enfer », Madame Elisabeth comme tombée entre les mains des intrigants et d'accord avec Fodîeux Cioblentz, dont les projets de régence en faveur du comte de Provence blessaient profondément Marie Antoinette en tant que femme et que reine. Dans l'Assemblée législative elle voyait, « parmi des fous et des criminels », un petit nombre de partisans de l'ordre, animés de meilleures intentions que les autres, mais auxquels on fermait la bouche. * Elle ne pouvait assez s'étonner de l'aveuglement de Brissot et des futurs chefs de la Gironde, Guadet, Gensonné, Ducos, Vergniaud, Isnard, Condorcet, qui, sachant l'armée sans discipline et sans argent, poussaient à une guerre offensive contre l'Europe entière.

Sans doute il eût été plus noble de la part du roi, écrivait-elle à Fersen, de refuser sa sanction à la Constitution ; mais les folies des princes et des émigrés l'ont contraint tout autant que la situation intérieure, * et depuis ce moment il lui faut faire tout cequeVAssembléeexigedelui; seulement, on aurait tort de croire qu'il le fait librement. ' En même temps, la reine insistait auprès de son frère sur la

* Klinckowstrôm, Le comte de Fen^en et la cour de France , I, 207 et 212. '

« Klinckowstrôm, Le comte de Fersen et la cour de France, I, 192.

8 • Arneth, Marie- Antoinette, Joseph II et Léopold II, Correspondance, 225, 227, 231-235.

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