CHAPITRE DEUXIÈME
nécessité de faire surveiller les projets de rémigration et de l'empêcher d*agir. Pour amener une séparation complète entre l'empereur et les princes réfugiés à Coblentz,on envoyaFersen à Vienne,et la négociation réussit d'autant mieux que les désirs de Léopold se trouvaient d'accord en cela avec ceux de sa sœur. Il repoussa, il est vrai, comme sans but et impraticable, le congrès qu'elle ne cessait de réclamer, mais il condamna avec elle la politique des princes et il profita de la circonstance pour recommander à la reine l'observation de la Constitution et l'entente avec les modérés. Ces modérés étaient les Feuillants, de Lessart, les deux Lametb, Barnave, Duport, les chefs convertis de la gauche de 1789, qui maintenant cherchaient à appuyer, par le moyen de leur club, la minorité constitutionnelle de la Législative, mais qui devaient céder devant les insultes de Marat et les menaces des Jacobins, tout comme la minorité elle-même cédait devant les invectives des tribunes.
Dans ses notes privées, Mallet du Pan expose ainsi leur plan : dissoudre l'Assemblée au moyen d'une pression exercée par les provinces, réviser la Constitution d'aprèsle système des deux Chambres, modérer la presse, depuis l'extrême royalisme d'un Suleau jusqu'aux déclamations démagogiques d'un Camille Desmoulins, solder les chefs de la démocratie dans l'Assemblée et en dehors d'elle, ce qui malheureusement, comme dans le cas de Danton, n'était pas équivalent à la certitude de les gagner. Mallet du Pan constate que ces représentants de la minorité
étaient en échange d'idées constant avec la reine et pouvaient passer pour ses véritables conseillers ; mais il ajoute que la princesse, incapable d'envisager nettement la situation, se décidait toujours d'après des motifs personnels et prenait les accessoires pour le fond *
A la fin de 1791, ce jugement n'était plus entièrement exact. Les expériences des dernières années avaient dessillé les yeux de la reine, et les larmes l'avaient rendue clairvoyante. Elle ne jugeait pas autrement que Mallet lui-même des plans et des intrigues des Feuillants relatifs à la politique intérieure ; elle ne tenait aucun compte des conseils de l'empereur lorsqu'il défendait une Constitution qui lui semblait, à elle, non seulement la ruine de la monarchie, mais encore celle du pays. Aussi regardait-elle comme désirable le maintien de l'entente avec les Feuillants, parce que ceux-ci comptaient, comme elle le faisait elle-même, sur le congrès et sur la pression du dehors pour faire échec aux extrêmes des deux camps.
Pour les amis et les partisans les plus dévoués de la cause royale, une semblable manière de voir équivalait à une trahison. A Goblentz, la reine était jugée trop démocratique. * De Vienne, Fersen écrivait sans ménagement à Marie- Antoinette que « l'empereur la trompait ». ' A Stockhohn, on pensait de même et
» Mallet du Pan, Analecta sur Vhistoire du temps, 1785- 1799. Inédite.
« Augeard, Mémoires , 260.
3 Klinckowstrôm, Le comte de Fersen et la cour de France, I, 239.